Revue de presse mai 2022

Le 1er juin 2022  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (8)

Alors que s’achève la campagne de recrutement aux postes d’enseignant·es chercheur·ses et de chercheur·ses, et après la grosse panne de Galaxie, Le Monde a publié deux articles à un jour d’intervalle (pour abonné·es) au sujet des perspectives peu réjouissantes pour les jeunes chercheur·ses. Le premier donne la parole à plusieurs jeunes chercheur·ses qui ont décidé d’abandonner une carrière académique, et reprend les paroles d’un jeune chercheur qui se demande « Quand arrêter de s’obstiner ? », et rappelle que le nombre de postes de maître·sse de conférences « a été réduit de moitié en dix ans ». Le second revient sur les chaires de professeur junior, et sur les craintes de la communauté à ce sujet. Deux sujets récurrents, déjà évoqués dans cette revue de presse et dont nous reparlerons sans doute, alors que le second quinquennat d’Emmanuel Macron débute.

Dans cette revue de presse, il est évidemment question des nominations des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Éducation nationale Sylvie Retailleau et Pap Ndiaye. Vous trouverez aussi la réinterprétation surprenante d’une scène antique en tant que leçon de mathématiques, un nouveau point de vue sur le pilotage de la recherche apporté par des étudiant· es des grandes écoles, les lauréats de l’édition 2022 du prix Maurice Audin de mathématiques, et beaucoup de ressources autour du numérique.

Enfin, alors que nous nous étions réjouis du retour en France de Tuna Altinel, l’État turc a fait appel, et notre collègue se retrouve maintenant en « exil forcé ». C’est à lire sur le site de France 3 région Auvergne Rhône-Alpes ou bien de la Tribune de Lyon.

L’image illustrant cet article a été réalisée dans le cadre de l’association Mathématiques Vagabondes.

Recherche

Quand topologie algébrique et intelligence artificielle se rencontrent, des millions de cellules sont créées. Dans la revue Cell Reports, une équipe de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) vient de publier ses travaux portant sur la création de morphologies neuronales. Ils ont créé un algorithme qui génère automatiquement des reconstitutions du cerveau de la souris. « La synthèse n’a besoin que de quelques exemples pour générer un grand nombre de cellules uniques », souligne l’une des autrices, lui accordant un grand avantage. Il pourra à l’avenir permettre de mieux appréhender les maladies neuronales.

Deux jeunes mathématiciens ont créé la surprise dans la communauté en publiant la démonstration d’une conjecture datant de 2006. Dans la revue Quanta Magazine, les auteurs de la conjecture ne cachent pas leur joie : « c’est étonnamment simple et ingénieux », s’enthousiasme Kalai, l’un d’entre eux. En effet, dans un court preprint, Jinyoung Park et Huy Tuan Pham ont prouvé cette assertion concernant les graphes aléatoires.

Une autre conjecture fait l’objet d’un article de Quanta Magazine, celle de Gordon. En 1981, il avait introduit une nouvelle manière de classifier les nœuds selon leurs complexités. Cet hiver, le mathématicien Ian Agol de l’Université de Californie a publié un article prouvant cette conjecture. Il donne alors une courte démonstration utilisant des outils peu communs pour ce genre de questions.

Toujours dans Quanta Magazine, la dynamique des fluides fait l’objet d’un papier. Une publication dans la revue Annals of Mathematics décrit une avancée dans la compréhension des équations de Navier-Stokes et leur lien avec le monde physique. Celles-ci décrivent l’évolution de la vitesse d’écoulement d’un fluide, mais collent-elles toujours à la réalité ? C’est la tâche à laquelle trois mathématiciens se sont attelés.

La revue a également réalisé une interview de Leslie Lamport. Mathématicien de formation, ce chercheur en infomatique spécialisé dans les systèmes distribués et récompensé en 2013 par le A.M. Turing Award pour ses travaux sur l’accomplissement d’une tâche simultanément par différents composants est aussi à l’origine du langage LaTeX tant utilisé en mathématiques (et dans d’autres disciplines scientifiques). Aujourd’hui, il explique l’importance des maths dans la programmation informatique.

Les abeilles n’ont pas fini de nous surprendre. On les savait capables de compter jusqu’à 5, de trier par ordre croissant ou de comprendre la notion de zéro. Elles savent également faire la distinction entre les nombres pairs et impairs. Une étude parue dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution prouve que ces animaux savent faire la « classification par parité ».

Vie de la recherche

Politique, concurrence et collaborations
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Sylvie Retailleau

Pour commencer, l’emag de l’éducation Vous Nous Ils [1] propose un tour d’horizon des réactions à la nomination de Sylvie Retailleau, physicienne et présidente de l’université Paris-Sud (devenue Paris-Saclay) depuis 2016, comme nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Acteurs du monde universitaire comme la Conférence des Grandes Écoles qui « saluent sa nomination et comptent sur sa présence au ministère pour défendre la recherche scientifique française », syndicats qui sont « plus mitigés », « rappellent leurs attentes envers le ministère » et « craignent notamment une gestion des universités fondée sur la « concurrence » et la « rentabilité » », « communauté étudiante et universitaire [au sein de laquelle] les avis divergent »…, l’article compile un bon nombre de réactions.

En parlant de concurrence, on trouve ce mois dans Le Monde (abonné·es) un article intitulé Quand la compétition nuit gravement à la qualité des recherches qui revient sur l’étude récente (actuellement en relecture) d’une post-doctorante à Stanford et d’un post-doctorant à Brigham Young pour évaluer les conséquences de la compétition dans le milieu de la recherche. En modélisant le comportement d’une communauté de biologistes précise et les résultats obtenus par cette communauté, leur conclusion est la suivante : « les projets à « haut potentiel » attirent 30% de candidats en plus que ceux jugés moins intéressants. La durée de ces projets est plus courte de deux mois. Et leur qualité est moindre. » Et Le Monde de rappeler les propos d’Antoine Petit, PDG du CNRS, au mois de février : « La recherche, c’est la découverte, l’invention de choses que les autres n’ont pas faites. Donc, c’est par définition une forme de compétition. Il faut l’assumer. » À défaut d’assumer cela, la chercheuse qui a mené cette étude espère plutôt « que cela pourra aider les gens à chercher des modèles de recherche alternatifs à cette compétition entre labos. »

Concurrence et classements internationaux sont aussi sur la table sur le site de France 3 région Occitanie, qui revient sur le projet de rattachement de Toulouse INP (Institut national polytechnique) au Groupe des Écoles Centrale : « Un projet vu également d’un bon œil par la Région et Toulouse Métropole qui militent depuis plusieurs mois localement pour que les établissements d’enseignement supérieur toulousains gagnent en visibilité sur la scène internationale, notamment dans les classements internationaux. » Professeur·es vent debout, personnel administratif méfiant, et incompréhension alors que « 90% d’étudiants de l’INP [sont] embauchés trois mois après l’obtention de leur diplôme » et que « les écoles et laboratoires sont reconnus nationalement et internationalement ». Le tout illustré par une équation de chute libre sur tableau noir.

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L’INP a-t-elle son parachute ?

L’Étudiant publie quant à lui sur son site un article revenant sur les collaborations scientifiques au sein de l’Europe. Alors que « 45% des collaborations scientifiques se font entre villes d’un même pays, 30% entre villes de pays européens et 25% entre villes européennes avec des villes de continents différents » et que « Ces proportions sont stables sur une période de 1999 à 2014 », quel est l’impact de programmes comme Horizon Europe (qui a pris la relève de Horizon 2020), ou le projet d’Universités Européennes vanté dans le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne ? Si les alliances universitaires se multiplient, les programmes de financement requièrent « [une] charge administrative très importante ». Un chercheur en France interrogé juge que « Souvent les chercheurs français sont réticents à soumettre leurs projets parce que depuis un certain nombre d’années, le soutien administratif et financier à la recherche est assez mauvais », ce que confirme un chercheur en Allemagne pour qui « l’Europe demande de construire de gros projets alors que les petits projets sont plus simples à monter ».

International

Une tribune relayée par Libération dénonce le sous-dimensionnement des ressources allouées au programme Pause pour accueillir des chercheuses et chercheurs en exil alors que la guerre en Ukraine fait rage. Les signataires soulignent le besoin de soutenir les Ukrainien·nes, mais aussi les Biélorusses et les Russes. Autour de ce même sujet, un article paru ce mois dans Le Monde (abonné·es) revient sur la situation des intellectuel·les russes en exil à Riga, en Lettonie.

Et l’avenir ?

Pour la Science (abonné·es) propose un article intitulé Les mathématiciens face au défi des machines maintenant que les assistants de preuve permettent de démêler des mathématiques difficiles et que des intelligences artificielles sont capables de formuler des conjectures. L’article revient pour commencer sur une preuve proposée par Peter Scholze (médaille Fields 2018) et Dustin Clausen dans le cadre de leur travail sur les mathématiques condensées et vérifiée par ordinateur à l’aide du logiciel Lean (dont Quanta Magazine et Nature s’étaient fait l’écho en 2021 – mais que nous avions manqué d’évoquer !). Il évoque ensuite l’évolution au cours du temps de l’informatique comme outil pour les mathématiques jusqu’au programme de Hilbert, suivis par le théorème d’incomplétude de Gödel [2], la « réalisation concrète des ordinateurs numériques », la conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer, la démonstration d’Appel et Haken du théorème des quatre couleurs, et « les désaccords sur le statut de [ce genre de] preuve ». Un article très complet à conseiller aux nerds avides de tech autant qu’aux plus sceptiques.

Enfin, Le Monde (abonné.e.s) relaie la tribune du collectif EffiSciences, des étudiant·es des Écoles Normales Supérieures qui annoncent « [prendre] un engagement : revoir nos priorités dans le choix de nos sujets de recherche, en alignant notre pratique scientifique sur les enjeux impérieux de ce siècle. » Après le discours fort relayé par les diplômés d’AgroParisTech (par exemple par L’Étudiant), le projet ClimatSup INSA lancé par le groupe INSA et le Shift Project, c’est donc au tour des normalien·nes de se positionner : « Cette démarche, loin de l’opposition ici peu pertinente entre recherche fondamentale et recherche appliquée, ouvre la voie de la recherche impliquée ».

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Relevés de sécheresse en Californie

La démarche de ce collectif s’articule en trois parties. D’abord, « partir de problèmes prioritaires soulevés au sein de la société », ensuite « trouver les voies de recherche les plus à même de progresser sur des questions négligées », et enfin « s’engager directement dans ces voies, ou bien fournir aux spécialistes de ces domaines les connaissances et outils qui leur manquent pour progresser ». Aux mathématicien·nes, par exemple, ce collectif demande de « mettre à profit » leurs connaissances et leurs techniques pour « améliorer les modèles avec lesquels les climatologues anticipent l’ampleur des sécheresses à venir ». Un engagement louable qui « [s’inspire] de l’International Science Council et de l’Altruisme Efficace ». Leur projet était aussi le sujet du reportage de la rédaction de France Culture le 31 mai.

Applications

Files d’attente et chenilles processionnaires
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Chenilles processionnaires du pin

Le journal 20 minutes et The Conversation expliquent comment la théorie des files d’attente, née en 1917 à la suite des travaux d’Erlang, permet de modéliser le routage des clients, le nombre d’agents à embaucher, la conception d’un système de service - et d’attendre moins à la caisse du supermarché. Dans ce dernier cas, le conseil semble être de choisir les caisses de moins de 10 articles pour éviter la variabilité, source de délais. Toujours dans The Conversation, un article illustré traite des chenilles processionnaires du pin. Des simulations montrent que la complexité issue des comportements individuels des chenilles permet de résoudre un problème d’optimisation au niveau de la procession, et faire ainsi apparaître une symétrie. Cette symétrie en biologie est par ailleurs thème d’un article de Philosophie Magazine, proposant des éléments de réponse de l’émergence de cette dernière : un système symétrique n’est pas tant un avantage évolutif en termes d’efficacité, mais nécessite surtout moins d’information pour être encodé. Enfin, Slate propose une formule ad hoc et arbitraire pour calculer l’heure à laquelle arriver en soirée selon divers paramètres.

Modélisations et société

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Urne électorale

À l’instar d’autres filières (comme l’aéronautique, l’automobile, la logistique ou la banque), la filière agricole devrait utiliser plus largement les modélisations mathématiques afin d’évaluer les risques et conséquences des décisions pour le fondateur d’une plateforme dédiée à ces problématiques dans un entretien paru dans le Figaro. Toujours sur le rôle des modélisations en société, un article de France Info sur le viager explique comment l’usage des mathématiques, et plus particulièrement des statistiques d’espérance de vie, permet d’évacuer pour certains les problèmes de moralité d’un tel système. Par ailleurs, MIT Technology Review (article en anglais) revient sur l’usage des outils d’IA pendant l’épidémie du covid. Le constat semble être qu’aucun outil n’a été efficace, mais l’article propose d’examiner les causes d’un tel échec général et comment y remédier. Mais le covid n’est pas le seul sujet d’actualité en lien avec les mathématiques, un article de Le Monde examine les différents modes de scrutins et leurs conséquences, et un podcast de France Inter explique en quoi les cartes et mathématiques ont un rôle crucial dans les élections législatives à venir.

Applications mathématiques

Concernant d’autres cartes, Science et Avenir publie une chronique de Sylvie Benzoni intitulée « La carte n’est pas le territoire ». Enfin QuantaMagazine propose un article (en) sur les secrets mathématiques des magiciens ainsi qu’un podcast (en) sur la gravité quantique.

Enseignement

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Les articles pleuvent sur la baisse marquée du niveau en mathématiques dans l’enseignement secondaire français, accréditée sur le long terme par les études internationales, et dorénavant tristement confirmée par diverses anecdotes sur l’étonnement des élèves réfugié·e·s ukrainien·nes scolarisé·e·s en France devant leurs cours de mathématiques, que l’on trouvera évoquées dans l’un des liens suivants. Les effets ressentis et à prévoir de la dernière réforme s’ajoutent aux inquiétudes.

Même l’un des projets avoués dès l’origine de cette réforme, qui était de (re)créer une filière d’excellence capable de revitaliser les formations d’élite scientifique du supérieur, s’avère difficile à tenir, car le vivier des lycéen·nes ayant passé le baccalauréat avec l’option mathématiques expertes est insuffisant pour les classes préparatoires et écoles d’ingénieur·e·s post-bac, signale un article du journal Le Monde (édition abonné·es). Surtout, les filières du supérieur comprenant des mathématiques se retrouvent désormais avec des profils ayant des connaissances en maths très hétérogènes.

Amandine Hirou, de L’Express (en édition abonné·e·s également, mais intégralement accessible en podcast), relaye la parole d’industriels et de responsables de formations d’ingénieur·es qui s’inquiètent des conséquences à long terme de cet état de fait. En particulier, Geoffroy Roux de Bézieux, directeur du Medef, et Jacques Fayolle, président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs, se disent préoccupés et préconisent une augmentation drastique du volume horaire de mathématiques dans le secondaire. Un secteur particulièrement sensible qui pourrait souffrir dans les prochaines années est le nucléaire. La journaliste note aussi que les mathématiques sont un apprentissage de la confrontation au réel et sont d’autant plus nécessaires dans le monde moderne. Le sujet a été repris et traité en détail dans la Loupe, podcast quotidien de l’Express.

Guillaume Erner, qui s’empare du sujet dans le billet d’entrée de sa matinale du 12 mai sur France Culture, en vient à souhaiter la survenue d’un « Spoutnik », évènement traumatisant qui a permis aux Américains, en réalisant leur décrochage dans la course à l’espace, de se relancer dans l’investissement technologique.

Invité sur RTL, Martin Andler a rappelé les points de préoccupation majeure entraînés par l’effondrement du niveau des élèves et insisté en particulier sur les dégâts que fait l’orientation (ou plutôt la désorientation) des filles vers les options et les métiers des mathématiques. Ses mots de conclusions résonnent avec ceux de Cédric Villani dans le Monde le mois dernier (édition abonné·e·s) : une grande part de la solution passerait par une revalorisation du métier d’enseignant·e, en particulier en mathématiques. On trouve dans Le Figaro une vérification factuelle par Aude Bariéty des propos de Martin Andler.

Un autre élément important, et peut-être partiellement explicatif, est la construction et la transmission intergénérationnelle de l’angoisse des mathématiques. C’est traité dans le magazine Femina sous le titre « Comment rassurer votre enfant face aux mathématiques ? ».

Le projet de programme de première pour le tronc commun, conçu dans l’urgence, a été jugé très sévèrement par les spécialistes dont les préconisations n’ont pas été prises en compte. Le bureau national de l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public (APMEP) a réagi très froidement. Conjointement à l’Association Femmes et Mathématiques, l’APMEP a aussi relevé deux passages au mieux maladroits concernant les jeunes filles. Même avis du Café pédagogique. Bien que ces passages n’aient pas créé de polémique dans les médias généralistes jusqu’à présent, les acteurs de la communauté mathématique jugent qu’ils participent au caractère brouillon de l’ensemble. La Société Mathématique de France (SMF) et la Société Française de Statistique (SFdS) ont également adressé un retour très critique à la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) le 23 mai dernier. Dans une tribune au journal Le Monde, Nathalie Sayac, professeure de didactique des mathématiques, fait entendre une voix concordante.

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Pap Ndiaye en 2018

À l’Éducation nationale, la rupture affichée par la nomination de Pap Ndiaye serait compensée par la relative invariabilité de son entourage par rapport au quinquennat précédent. En particulier, on pourra noter à la suite d’un article du journal Le Monde que la nomination de Jean-Marc Huart, proche de Jean-Michel Blanquer, à la DGESCO n’est pas très disruptive.

À l’honneur

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Alexeï Sossinski

Dans les colonnes du Figaro, la journaliste Yolande Baldeweck dresse le portrait du mathématicien franco-russe Alexeï Sossinski. Ce dernier a choisi de quitter Moscou pour s’exiler en France depuis le 26 mars dernier. Après une longue hésitation, il est parti retrouver sa fille à Strasbourg. La vie et la carrière de ce spécialiste de la théorie des nœuds se sont, à de nombreuses reprises, retrouvées mêlées à la politique du pays.
Après des études aux États-Unis, Alexeï Sossinski est retourné étudier son doctorat et enseigner en Russie à la mort de Staline. Il s’est alors battu pour que chacun ait accès à l’éducation, participant à des cours clandestins pour les étudiants juifs. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine a fait fuir de nombreux scientifiques de Russie, Alexeï Sossinski en fait partie.

De l’autre côté de la frontière, le conflit ukrainien bouleverse autrement les scientifiques. Certains, comme Viktor Traski, se sont engagés volontairement pour défendre leur pays. Ce professeur agrégé de mathématiques a été décoré du prix János Arany de l’Académie des sciences hongroises le mardi 3 mai 2022. Né en Ukraine, il a hérité de la culture d’une famille hongroise. Un pays qui aujourd’hui salue son dévouement.
Sur un autre continent, six finissants et finissantes de sciences statistiques du Canada se sont vus remettre le prix des projets de fin d’études. Les trois étudiant·es décoré·es du prix SFdS-ISQ s’étaient penché·es sur l’étude de la réussite et du décrochage scolaire de l’année scolaire 2017-2018. Trois autres élèves ont vu leurs travaux salués pour la qualité de leur présentation.

Le mathématicien tunisien Ali Baklouti a reçu le prix du meilleur mathématicien en Afrique, une récompense décernée par l’Union africaine de Mathématiques. Il a déjà à son actif plus de 80 articles de recherche publiés. Ses travaux portent sur l’analyse harmonique non-commutative, la théorie des représentations et les problèmes de déformation en géométrie. Et aujourd’hui, il a résolu des équations qui restaient jusqu’alors mystérieuses. Avant de lire ses résultats, un peu de patience : ils ont été édités dans un livre qui sera publié le 4 juillet 2022.

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Josette et Maurice Audin

Le prix Maurice Audin de mathématiques 2022 a été décerné le 23 mai à l’Institut Henri Poincaré (IHP) à Paris. Comme tous les deux ans, il récompense simultanément deux mathématiciens, l’un exerçant en Algérie et l’autre en France. Les lauréats sont Samir Bedrouni pour la rive sud de la Méditerranée et Yacine Chitour pour la rive nord. Dans son édition du 25 mai, L’Humanité (accès restreint) en a fait les « hommes du jour ». L’information a été donnée par l’agence Algérie Presse Service et par plusieurs médias algériens, parmi lesquels Radio Algérie, Algeria Next, La Nouvelle République et Dzaïr Daily. De la cérémonie, présidée par Sylvie Benzoni, directrice de l’Institut Henri Poincaré (IHP) et présidente du jury, on retiendra notamment plusieurs témoignages, et spécialement l’émouvante évocation par Yacine Chitour des liens qui rapprochaient la famille Audin et la sienne. Il a en effet expliqué qu’il était le petit-neveu d’Ali Boumendjel, un jeune avocat algérien qui a subi le même sort que Maurice Audin, torturé et exécuté par les parachutistes du général Massu.

À l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, l’Association Josette et Maurice Audin (AJMA) envoie une délégation en Algérie du 28 mai au 6 juin. Au programme, des rencontres avec des historien·ne·s, des mathématicien·ne·s, des militant·e·s, des moments mémoriels, des entretiens avec les autorités algériennes, en particulier le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Est également prévue une remise du prix Audin au lauréat d’Algérie (qui n’a pu participer qu’à distance à la cérémonie de l’IHP), ainsi qu’un rassemblement de tous les anciens lauréats algériens du prix. Un blog a été spécialement dédié à cette visite. On pourra y suivre au jour le jour les différentes étapes de ce voyage qui passera par Alger, Oran et Constantine. L’AJMA rend également compte du voyage sur les réseaux sociaux : facebook, instagram, twitter ; YouTube. Nous reviendrons sur le sujet dans notre prochaine revue de presse.

Décès

Paul-Louis Hennequin est décédé le 18 mai dernier. Le portail des IREM ainsi que la Société Mathématique de France rendent hommage à ce probabiliste, fondateur de la désormais renommée école d’été de Saint-Flour, et qui fut président de l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public (APMEP) dans les années 1970.

Diffusion

En milieu scolaire

Tous les moyens sont bons pour diffuser les maths, et les enfants auront le choix : un escape game Maths en Forme(s) avec PTIDOUDOU ou Rapématiques, des fiches de révision en rap. C’est à retrouver sur Le Café Pédagogique et dans Sud Ouest respectivement.
Au lycée Balzac-d’Alembert à Issoudun, ce sont les auteurs de Dingue de Maths qui sont venus discuter avec les élèves, et c’est à lire dans la Nouvelle République.
Au collègue Henri-Becquerel d’Avoine, ce sont les élèves qui avaient préparé des ateliers pour un festival auquel est venu assister Charles Torossian, et c’est aussi à lire dans la Nouvelle République.

Sur les ondes

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La Maison Poincaré viendra étendre l’actuel site de l’Institut Henri Poincaré en janvier 2023

De nombreuses interventions autour des mathématiques ce mois-ci, avec l’interview filmée d’Élodie Cheyrou, responsable de la Maison Poincaré par Comfluence, l’invitation d’un enseignant-chercheur de l’ENSTA à La Méthode Scientifique sur France Culture, une interview de responsables de la semaine de la Science et des Technologies sur Radio Okapi, le biopic sur Stan Ulam disponible sur Arte, ou encore l’interview du directeur de la Maison des Mathématiques et de l’Informatique au micro de la Maison Poincaré : « Je viens d’une famille très scientifique… Mais pourtant ils n’ont pas très bien compris pourquoi je choisissais les maths ! ».
Sur France Culture, le titre est provocateur : « Matheux ou littéraire : les deux cultures ». Alain Finkielkraut accueille Nathalie Azoulay et David Bessis pour une « Rencontre croisée au cœur de deux univers, celui des lettres et celui des mathématiques » dans ses Répliques.

Conférences et expositions

L’association Femmes & Mathématiques a inauguré le 14 mai l’exposition Mathématiques, informatique... avec elles ! qui propose 20 portraits de mathématiciennes et d’informaticiennes certaines dans le milieu académique et d’autres en dehors. Les portraits sont à retrouver en ligne sur le site de Femmes&Maths.
À Malakoff, ce sont les Femmes de sciences dans l’Histoire qui ont été à l’honneur lors de la conférence Culture scientifique du 19 mai.
Enfin, le site prepas.org fait la promotion de la conférence Mathématiques en mouvement organisée chaque année par la Fondation Sciences Mathématiques de Paris (FSMP) et qui aura cette année pour thème le vote. Six mathématicien·nes seront présent·es ainsi que la présidente de l’association Mieux Voter. La conférence aura lieu le 11 juin, l’inscription y est gratuite mais obligatoire.

Parutions

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Que de chemin parcouru depuis Babbage !
(Une partie de la machine analytique de Babbage exposée au Science Museum de Londres)

Le numéro de mai du magazine Pour la Science annonçait, avec un titre accrocheur, en première de couverture l’article de Michael Harris (professeur à l’université Columbia et à l’institut de mathématiques de Jussieu) placé au coeur d’un numéro qui s’interrogeait sur la « juste place [que] doit prendre l’humain sur la seule planète qui lui assure vivre et couvert, à l’heure où ses actes menacent, justement, vivre, couvert et, au-delà, l’existence même des autres êtres espèces ».
Quelle sera dans l’avenir la place de l’homme dans les mathématiques ? Avec l’accélération du progrès, l’omniprésence des ordinateurs et les logiciels, on pourrait être enclin penser qu’à terme les machines vont remplacer petit à petit les mathématiciens.
C’est oublier, un peu trop vite que la recherche se nourrit aussi de la créativité, de l’intuition du mathématicien, qu’il faut donner du sens aux résultats, des activités spécifiquement humaines. Et puis, qu’est-ce qu’une « belle démonstration » pour une intelligence artificielle ?
Michael Harris écrit : « Il n’est pas question de se dispenser des ordinateurs qui ont enrichi le travail des mathématiciens. Mais il faut, par exemple, se demander quel serait l’intérêt pour l’humanité d’avoir des machines capables d’énoncer des conjectures et d’autres en mesure de les prouver, le tout sans intervention humaine ». Un point de vue qui va à l’encontre de celui de Christian Szegedi (voir ici) dont il met en doute le « pronostic » : une machine capable d’un raisonnement mathématique « humain » avant 2030. Pour lui « cette vision n’est pas tant une conception erronée des mathématiques qu’une conception erronée des êtres humains ».
L’auteur a déposé la première version de cet article (paru uniquement en français dans Pour la Science) ici en version anglaise et en français avec quelques commentaires que l’on ne retrouvera pas dans la revue.
Rappelons que son ouvrage La mathématique, une vocation problématique était paru début 2020 chez Cassini.

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Le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens

Toujours dans Pour La Science, de son côté, Jean-Paul Delahaye invite les lecteurs de sa rubrique à une promenade mathématiques en compagnie de fonctions « si rapides qu’elles sont présentes partout à chaque instant ». Bouger vite... jusqu’à l’ubiquité ? commence avec le labyrinthe de la cathédrale de Chartres (et celui de la cathédrale d’Amiens), continue avec les courbes de Péano, les fonctions de Darboux, le théorème des valeurs intermédiaires, la fonction divine de Conway et des fonctions encore plus divines ... Un article qui, comme d’habitude, permet à un large public de (re)découvrir agréablement des questions abordées dans différents chapitres des cours de mathématiques. Ce n’est probablement pas un hasard si c’est l’article le plus lu en mai sur le site de l’éditeur.

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Courbe de Peano

Signalons aussi que vous trouverez dans la rubrique Les livres du mois une recension, écrite par Philippe Boulanger, de la version française de l’autobiographie de Stanislaw Ulam (dont nous avions parlé ici) Les aventures d’un mathématicien sorti en janvier aux éditions Cassini dans la collection « documents, essais, culture scientifique ».

Profitons-en pour rappeler que les éditions Cassini sont un acteur important et très actif dans le paysage des mathématiques (le catalogue en atteste) et de la culture mathématique en proposant régulièrement des titres variés allant des ouvrages académiques aux textes de référence, en passant par la diffusion. Citons, par exemple, l’Anthologie de la calculabilité (sorti en mai) qui réunit les textes fondateurs de la théorie de la calculabilité ou Jeux, casse-têtes et mathématiques (sorti en février) qui propose « une étude mathématique des casse-têtes et jeux de stratégies classiques, du jeu de morpion au jeu de Hex, et de quelques autres » ou Qu’est-ce que le pic d’une épidémie, et comment le contrôler (en co-édition avec Spartacus) qui « décrit la façon, ni compliquée, ni mystérieuse, dont fonctionnent les modèles mathématiques des épidémies et pourquoi ils permettent de faire des prévisions ». Une originalité : Cassini édite lui-même en plusieurs langues certains de ses ouvrages (voir ici) dans différentes langues et propose une « sélection CDI » sur son site, une initiative intéressante ! 


En juin la thématique placée en première de couverture est celle de l’ordinateur quantique qui « est, depuis quelques mois, sous le feu des projecteurs » comme l’explique François Lassagne, le rédacteur en chef de Pour la Science, dans son édito. Un sujet « porteur » qui se retrouve essentiellement dans deux articles, L’ordinateur quantique ne se résume pas à une course aux qubits et les codes correcteurs d’erreurs quantiques. Le premier est une interview d’Antoine Tilloy (transcrite par Sean Bailly) qui explique les nombreux défis théoriques et techniques qui se posent aux chercheurs et les perspectives à court et moyen termes. Le second explique les stratégies développées par les spécialistes pour corriger les erreurs qui surviennent dans les ordinateurs quantiques. En effet les codes correcteurs d’erreurs classiques sont ici inopérants. L’article de Zaira Nazario, une physicienne spécialiste de la matière condensée, est la version française de How to Fix Quantum Computing Bugs, qui a été publié début mai dans le mensuel Scientific American.

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La première cryptomonnaie est très énergivore

Dans un billet publié en février dans CNRS Le journal (en partenariat avec Libération) Jean-Paul Delahaye posait la question « d’interdire l’utilisation de la preuve de travail qui est la cause unique de la folie électrique de certaines cryptomonnaies ». Dans sa rubrique mensuelle de juin, il nous parle d’un petit jeu qui permet de comprendre l’absurdité de la preuve de travail du Bitcoin, un problème de récréation mathématique qui met « en lumière la difficulté à concevoir des cryptomonnaies justes, économes et écologiques ». Une question cruciale lorsque l’on sait « qu’aujourd’hui l’électricité dépensée pour les calculs d’une cryptomonnaie comme le Bitcoin (la première cryptomonnaie) est équivalente à la production d’au moins six réacteurs nucléaires et sans doute trois fois plus » ! Ce sont les blockchains, comme le Bitcoin, qui ont choisi la méthode de « la preuve de travail » qui sont concernés. Il est indispensable que celle-ci « soit abandonnée si on souhaite réellement que cette nouvelle sorte de monnaie se développe, permettant l’existence d’un argent liquide numérique anonyme respectueux de la vie privée de chacun » écrit-il en conclusion.
Jean-Paul Delahaye s’est intéressé dès le début au Bitcoin. Il a écrit de très nombreux articles sur la question (voir sa page : autour du bitcoin, des monnaies cryptographiques et des blockchains), prononcé de nombreuses conférences et il doit sortir chez Dunod en août un ouvrage, Au-delà du Bitcoin - Dans l’univers de la blockchain et des cryptomonnaies.

Dans la rubrique des livres du mois, Philippe Boulanger qualifie la lecture du livre de David Bessis, Mathematica (voir la revue de presse du 1er avril) de « beau voyage en pensée mathématique » et s’interroge si l’expérience de l’auteur « est généralisable » : « Un colloque sur les expériences de création mathématique serait passionnant ».

Quadrature s’adresse surtout à un public de taupins, d’étudiants, d’enseignants, d’ingénieurs et à ceux qui aiment « les mathématiques pures et épicées ». On a pu craindre un moment que cette revue trimestrielle de haute volée, aussi atypique que sympathique, lancée il y a plus de trente ans par Jean-Pierre Boudine cesse ses activités faute de repreneur. EDP Sciences diffuse maintenant Quadrature et il semble que les nuages soient définitivement éloignés. Le numéro 124, sorti fin avril, n’est plus disponible que sur abonnement, la vente au numéro est suspendue. Avec une qualité des textes au plus haut niveau, une présentation agréable et soignée, ce magazine reste unique dans son domaine.

Le principal journal mathématique pour les jeunes est Tangente. La plus récente livraison invite les lecteurs à découvrir les équations différentielles « indispensables pour modéliser », un sujet qui a priori concerne plus les élèves de terminale ou de première année d’université. C’est vrai pour certains articles ou pour certaines parties d’articles. Mais la variété et la richesse des textes abondamment illustrés rendent la lecture accessible à un public beaucoup plus large. Un autre dossier regroupe des articles qui font appel à la visualisation : Preuves sans mots, schémas, diagrammes de Venn, arbres, tableaux de Karnaugh, nomogrammes ...
Comme d’habitude ce numéro est également une mine d’informations diverses sur des sujets en lien avec les mathématiques, la culture scientifique, l’actualité, la réforme des lycées.

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Le salon 2022 vous attend !
(Conception graphique : Noémie Souillard)

La quatrième de couverture est l’affiche du 23e salon Culture Jeux et mathématiques qui se tiendra du 2 au 5 juin 2022 place Saint-Sulpice et en distanciel pour ceux qui ne pourront pas être sur place. Tangente, qui avait pris une part active dans l’aventure du premier salon (voir ici les archives), est présent chaque année et propose différentes animations.

Dernier titre de la bibliothèque Tangente, Mathématiques et imagerie, de la technologie à l’art invite à la découverte des plus récents développements dans le domaine de l’imagerie numérique du jeu vidéo à l’imagerie médicale en passant par l’art numérique ou l’impression 3D.
Vous pourrez le trouver dans votre librairie ou directement sur le site de l’éditeur.

On se souvient de la naissance d’Epsiloon (voir la revue de presse du 1er juillet 2021). Cette nouvelle revue généraliste poursuit sa trajectoire, avec une présentation soignée, des textes clairs bien illustrés. Lancée grâce à une remarquable campagne d’abonnement elle est maintenant bien présente dans les kiosques.

Histoire

La Cité des sciences et de l’industrie a mis en ligne la conférence Algorithmes et jeux combinatoires : toute une histoire donnée par Lisa Rougetet, maîtresse de conférence en histoire des sciences à l’Université de Bretagne Occidentale. Cette conférence s’est tenue à l’occasion de la journée GIPTIC (Groupes d’Intégration Pédagogique des Technologies de l’Information et de la Communication) Maths-Science organisée par la Délégation Académique au Numérique Éducatif. Dans un échange ludique et accessible, l’enseignante-chercheuse revient sur le développement de la théorie mathématique des jeux combinatoires, initiée à la fin du XIXe siècle dans des ouvrages de récréations mathématiques, et raconte comment son histoire fut impactée au cours du XXe siècle, par l’essor de l’informatique. Les stratégies gagnantes peuvent être déterminées, l’occasion pour des élèves et des professeur·e·s de faire des mathématiques autrement, de manière ludique et inspirée.
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Pédagogie toujours, et une leçon d’humilité face à notre interprétation du passé : dans Sciences et Avenir l’archéologue Véronique Dasen (Université de Fribourg, Suisse) explique comment le bas-relief qui lui avait été adressé dans le cadre d’un projet européen autour de l’histoire du jeu, s’est révélé être en fait la plus vieille représentation connue à ce jour d’une leçon de mathématiques. Elle explique avoir d’emblée douté de l’analyse première de cette gravure du Ve siècle avant Jésus-Christ, selon laquelle la scène serait celle d’un homme jouant (c’était du moins ce que l’on pensait jusqu’à récemment) avec un enfant à un jeu de plateau. Fait a priori improbable, puisqu’il y aurait consensus sur la question : en Grèce antique les adultes ne jouaient pas avec les enfants. Avec le concours de Jérôme Gavin (mathématicien genevois) l’archéologue réinterprète cette scène, et ses conclusions impactent la compréhension des mathématiques de cette époque : ce qui était considéré comme un jeu de plateau serait en réalité un abaque, à savoir un dispositif composé de billes (ici des cailloux) et de lignes, et qui permet de matérialiser les nombres. Le boulier constitue un exemple d’abaque bien connu. Les abaques grecs étaient encore méconnus des chercheur·euse·s dans leur utilisation, et la réinterprétation du bas-relief de Krannon vient justement d’en permettre une meilleure compréhension.

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Ronald Graham
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Paul Erdős

Si cette récente découverte éclaircit un peu plus les zones d’ombre de notre compréhension des mathématiques et de leur enseignement dans l’Antiquité, ce qui est considéré comme le plus vieux problème mathématique n’en a pas fini avec ses mystères, malgré la contribution récente de Thomas Bloom (chercheur à l’Université d’Oxford). Le Journal du Geek revient sur l’histoire de cette conjecture, formulée dans sa forme moderne par Paul Erdős et Ronald Graham : « tout ensemble qui échantillonne une proportion positive suffisamment grande des nombres entiers doit contenir un sous-ensemble des nombres entiers dont les inverses s’additionnent pour donner la somme 1. » L’article illustre cet énoncé en considérant l’ensemble {1,2,8,3,6}, qui contient le sous-ensemble {2,3,6} qui vérifie bien l’égalité 1/2 + 1/3+ 1/6 = 1.

Les travaux de Bloom s’inscrivent dans la lignée de ceux d’Ernie Croot publiés dans les années 2000, mais avec en plus la volonté de caractériser le sous-ensemble à considérer pour obtenir 1. Si Croot avait déjà démontré ce qu’il appelle une version coloriée du résultat (plus faible), les travaux de Bloom laissent espérer une résolution plus complète. Les deux approches visent à démontrer des résultats de densité. La démonstration de la conjecture reste pour l’heure partielle, mais la méthode utilisée pour ce faire a suscité un vif intérêt dans la communauté mathématique. L’article se conclut par un paragraphe sur de potentielles applications concrètes qui n’ont en réalité pas encore été définies, une occasion ratée de plus de s’abstraire d’une vision utilitariste de la recherche.

Enfin, la RTBF propose un « petit tour d’horizon des informaticiennes et mathématiciennes qui ont forgé le paysage digital et qui mériteraient d’être davantage mises en lumière pour leurs contributions » alors qu’aujourd’hui « seuls 14% des postes dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) seraient occupés par des femmes ». Un joli matrimoine !

Arts

Quand les formes s’emmêlent, l’art permet d’aborder les mathématiques autrement. Ainsi, Ouest France (article réservé aux abonné·e·s) met à l’honneur les élèves de CE1-CE2 d’Élodie Boisneau, institutrice à l’école primaire Marie Curie de Cholet, qui ont participé avec succès au concours national Arts et Mathématiques organisé par l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques (AMOPA).
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Vonal KSZ
Victor Vasarely, 1968. Acrylique sur toile. 200 x 200 cm. Collection privée. Photographie réalisée par Lluís Ribes Mateu.

C’est l’œuvre Vonal de l’artiste franco-hongrois Victor Vasarely, que ces élèves de primaire ont décidé de réinterpréter. Cinq de leurs travaux ont été proposés au concours, sélectionnés par le jury départemental et deux d’entre eux ont finalement été soumis au jury national.

La Série Limitée des Échos quant à elle arrondit les angles, et se concentre sur la forme libre, ce courant apparu avant la guerre, oublié des expositions parisiennes ces vingt-six dernières années (depuis une rétrospective au musée Beaubourg en 1996), et qui revient sur le devant de la Seine en prévision de l’inauguration de la foire Miami Design à Paris en octobre 2022. L’occasion pour le journaliste de revenir sur les figures marquantes de ce mouvement tentaculaire, qui s’est exprimé sous de nombreuses formes qu’elles soient picturales (citons ici la peinture de Jean Arp), sculpturales (par exemple les mobiles d’Alexander Calder) ou encore architecturales et mobilières (Charlotte Perriand en fut la pionnière en France).

Les mathématiques au service d’artistes, iels-mêmes au service d’une intelligence artificielle : à l’occasion de l’AiiA festival qui s’est tenu à Genève en 2021, quatre artistes humain·e·s : Brice Catherin, Cléa Chopard, Joël Maillard et Maria Sappho sont entré·e·s en résidence au Théâtre St-Gervais avec Chimère, une intelligence artificielle multimodale intégrant textes, images et sons de manière liée. Chimère est l’aboutissement d’un projet évolutif et communautaire imaginé par Tim et Jonathan O’Hear.
Au Théâtre Vidy à Lausanne, l’intelligence artificielle s’appelait dSimon, et Tammara Leites l’avait entraînée à partir de données plus ou moins personnelles de son acolyte Simon Senn.
Une série de deux articles de blog du Monde ici et revient sur ces spectacles, qui interrogent sur la nature de l’intelligence humaine, l’essence même des collaborations, artistiques ou non, et repensent les rapports entre l’être humain et la machine.

Pour finir

Ce mois-ci marquait les dix ans de la grève étudiante québécoise. Pour l’occasion, la plateforme canadienne des Films du 3 mars (F3M) a mis en ligne le documentaire réalisé par Santiago Bertolino et Hugo Samson un an après la grève et intitulé Carré rouge sur fond noir. Les codes de cette mobilisation contre l’instauration de droits de scolarité avaient ensuite été repris par la mobilisation en France contre l’ensemble de mesures malfameux Bienvenue en France en 2018. La mobilisation contre ces mesures est à l’origine de la création du collectif Université Ouverte, qui a réalisé un podcast à partir des archives de cette lutte disponible sur le site Spectre.

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Affiche du film
Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez les secrétaires de rédaction d’IdM.

Notes

[1et elles ?

[2dont il était question pas plus tard que dans la revue de presse du mois de mars, rubrique Applications

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse mai 2022» — Images des Mathématiques, CNRS, 2022

Crédits image :

Image à la une - Street math Lyon mai 2022
Mathématiques Vagabondes
Sylvie Retailleau - Université Paris-Saclay, CC BY 4.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons
Relevés de sécheresse en Californie - wikimedia commons
L’INP a-t-elle son parachute ? - wikimedia commons
img_26071 - Wikimedia Commons
img_26072 - Wikimedia Commons
img_26073 - Wikimedia Commons
img_26029 - © Wikipedia Commons
img_26063 - https://commons.wikimedia.org/w/index.php?search=maurice+audin&title=Special:MediaSearch&go=Go&type=image
Ronald Graham - Wiki commonlicence libre
Paul Erdős - Wikicommonslicence libre
img_26074 - Musée diachronique de Larissa
Vonal KSZ - Photographie réalisée par Lluís Ribes Mateu, soumise à une licence pour usage non commercial.[Disclaimer - https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/#]
Affiche du film - Wikimedia Commons
Pap Ndiaye en 2018 - LurKin, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons
img_26065 - W.carter, CC0, via Wikimedia Commons
Le salon 2022 vous attend ! - Image : Noémie Souillard. Avec l’aimable autorisation du Salon Culture Jeux et mathématiques.
Que de chemin parcouru depuis Babbage ! - Wikipedia. Source : Own work ; Author : Bruno Barral (ByB) ; 5 May 2009
img_26080 - Image de Francesco de Comité.
Le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens - Wikipédia. Date 27 September 2007 ; Source : Own work
img_26083 - Boubli-Demols, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/license...> , via Wikimedia Commons

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse mai 2022

    le 1er juin à 10:29, par B !gre

    À propos de Leslie Lamport , vous écrivez « ce scientifique, expert des ordinateurs ». Il est informaticien, récipiendaire du prix Turing... n’est-ce pas un peu réducteur ? Dirait-on d’Emmanuelle Charpentier, prix Nobel de médecine, qu’elle est « experte des microscopes » ?

    Répondre à ce message
    • Revue de presse mai 2022

      le 1er juin à 11:51, par Anouk Nicolopoulos

      Absolument. Maladresse corrigée...

      Répondre à ce message
  • Revue de presse mai 2022

    le 3 juin à 14:19, par Emmanuel Lazard

    Bonjour,
    Attention à la légende concernant la machine analytique de Babbage. Il n’a jamais terminé sa machine. La pièce en photo n’est qu’une petite partie de démonstration.
    https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co62245

    Répondre à ce message
    • Revue de presse mai 2022

      le 20 juin à 13:06, par Anouk Nicolopoulos

      Merci pour votre vigilance ! La description est modifiée...

      Répondre à ce message
  • Revue de presse mai 2022

    le 10 juin à 19:40, par Olga Paris-Romaskevich

    Bonjour, l’Image de #streetmath était faite dans le cadre de l’activité de l’association Mathématiques Vagabondes, est-ce que vous pourriez site notre association (https://www.mathematiquesvagabondes.fr) ?
    Merci,
    Olga

    Répondre à ce message
    • Revue de presse mai 2022

      le 20 juin à 13:02, par Anouk Nicolopoulos

      C’est fait ! Pardon pour le délai.

      Répondre à ce message
  • Revue de presse mai 2022

    le 10 juin à 23:22, par LASSALLE Philippe

    Bonjour,

    Quels sont les liens des articles sur les réactions des élèves ukrainien(ne)s réfugié(e)s en mathématiques ?

    Merci beaucoup

    Philippe Lassalle

    NB Oui, n’oubliez pas de citer la remarquble association d’Olga Paris-Romaskevich ! :-)

    Répondre à ce message
    • Revue de presse mai 2022

      le 20 juin à 18:55, par Gabriel Pallier

      Bonjour,

      Merci pour votre relecture attentive, et désolé de la réponse tardive. Vous trouverez cela dans l’interview de Martin Andler du 10 mai dans RTL matin entre 0:30 et 1:30.
      S’agissant d’un lien unique, j’ai rétabli le singulier à la place du pluriel.
      Pour les crédits à Mathématiques vagabondes, nous avons pu compléter (voir le commentaire d’Anouk). Ce mandala fut en effet dessiné par l’association Mathématiques Vagabondes sur une place lyonnaise le 10 avril 2022.

      Cordialement,

      Gabriel Pallier

      Répondre à ce message

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