Revue de presse novembre 2021

Le 1er décembre 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

C’est une fois de plus la situation inquiétante de l’enseignement des mathématiques qui retient l’attention : baisse du volume horaire pour les élèves, découragement et renoncement chez les enseignant(e)s, gestion purement comptable du système éducatif... Heureusement, on trouvera aussi dans l’actualité des sujets plus motivants : pourquoi les pommes ont-elles cette forme ? les fake news épargnent-elles le monde académique ? comment promouvoir la science ouverte ? (les chatons y croient !) ; la SMF a bientôt 150 ans ; Fibonacci ; Turing ; des glaçons ; hot-dogs et théorème chinois ; des maths au PSG... On verra aussi qu’arrêter de faire des maths trop tôt n’est pas très bon pour la santé ! Sans compter nos rubriques habituelles : l’inévitable Covid ; l’histoire, les honneurs, la diffusion, les parutions, les arts et les maths. Bonne lecture !

À la une

Le message revient pratiquement tous les mois dans cette revue de presse : le métier d’enseignant·e attire de moins en moins, et c’est particulièrement sensible en mathématiques. Mais un phénomène inédit vient depuis peu aggraver la situation : les démissions de plus en plus nombreuses chez celles et ceux qui sont en exercice. C’est un signe de plus, s’il en fallait, de l’état catastrophique dans lequel se trouve notre système éducatif. Quand donc ses responsables consentiront-ils à ouvrir les yeux ?

La presse s’est emparée du sujet, après la publication par le ministère de l’Éducation nationale de l’édition 2021 de sa synthèse annuelle L’Éducation nationale en chiffres.

La Dépêche, qui publie des témoignages de démissionnaires, indique que 1 648 démissions ont été enregistrées en 2021. Sur les plus de 869 000 personnes exerçant « le plus beau métier du monde », c’est évidemment très peu (à peine 0,2 %). Mais le journal précise que ce qui est inquiétant, c’est la progression de ce nombre : il a plus que doublé en cinq ans. Avant même de disposer des dernières données, les médias avaient fait état de ce phénomène. Le Télégramme précisait qu’il touche en priorité les stagiaires, et davantage l’enseignement primaire que le secondaire. France Info parlait d’un triplement du nombre de démissions en l’espace de dix ans. Sud-Ouest, Le Café pédagogique et Le Monde (accès restreint) se sont aussi penchés sur ce sujet.

La récente réforme du lycée n’a fait qu’assombrir le paysage. En témoigne entre autres la diminution importante du nombre d’heures de cours, qui affecte sévèrement les mathématiques (voir plus loin la rubrique enseignement). Les données publiées par le ministère à ce sujet ont suscité une vive réaction de la part de la communauté de l’enseignement des mathématiques. Dans un communiqué commun, l’ADIREM (Assemblée des directeurs d’IREM), l’APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public), la CFEM (Commission française pour l’enseignement des mathématiques), la SFdS (Société française de statistique), la SMAI (Société de mathématiques appliquées et industrielles) et la SMF (Société mathématique de France) « alertent sur l’impact négatif de la réforme du lycée sur l’enseignement des mathématiques en première et terminale ». Leur texte met en relation les résultats piteux de la France dans les enquêtes internationales (PISA, TIMSS...) et la « stratégie d’abandon de la formation mathématique au lycée », qui, « comme d’habitude en France, pénalise encore davantage les classes défavorisées » (inégalités aussi dénoncées dans ce billet de blog Mediapart).
Leur verdict est on ne peut plus clair :

Il serait temps que les pouvoirs politiques prennent conscience de l’importance des problèmes de formation des élèves et des enseignants en mathématiques et proposent, contrairement à l’abandon, des investissements significatifs à tous les niveaux, élèves, enseignants, formateurs.

Recherche

Nous résolvons, ou tentons de résoudre, des problèmes d’optimisation dans notre vie quotidienne : obtenir le meilleur rapport qualité/prix, maximiser les distances minimales entre nous et les autres passage·res du métro… Dans un article (en anglais), Quantamagazine rapporte les travaux d’Amir Ali Ahmadi, de l’université de Princeton, et de son ancien doctorant Jeffrey Zhang.

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Amir Ali Ahmadi

Les deux mathématiciens ont publié en 2020 deux articles, l’un à la suite de l’autre, prouvant la faisabilité ou l’impossibilité de résoudre certains problèmes d’optimisation. Ils ont d’abord montré que, pour certains problèmes d’optimisation quadratique, c’est-à-dire avec des paires de variables en interaction, il est impossible de calculer une solution optimale avec un temps de calcul raisonnable. Ils ont ensuite montré que, pour les problèmes cubiques, c’est-à-dire avec des trios de variables en interactions, en revanche, il est toujours possible de vérifier l’existence d’une solution localement optimale, et de la calculer le cas échéant, en un temps raisonnable. Ces résultats ont des répercussions dans des domaines aussi variés que la finance ou les systèmes autonomes.
Considérant toutes les valeurs prises par un polynôme, certaines ont-elles plus de chances que d’autres de sortir lorsque l’on choisit un input (les valeurs d’entrée) aléatoirement ? Si oui, alors nous avons affaire à un polynôme biaisé. Un article de Quantamagazine (en anglais) présente un résultat récent qui fait le lien entre le rang et le biais d’un polynôme. Le rang d’un polynôme mesure sa capacité à être exprimé en termes de polynômes de plus bas degré. Mais qu’est-ce qui pourrait rendre un polynôme biaisé ? Intuitivement, « les polynômes plus structurés (de rang inférieur) devraient être moins aléatoires et donc plus biaisés, et les polynômes moins structurés (de rang élevé) devraient être plus aléatoires et moins biaisés ». En février dernier Alex Cohen et Guy Moshkovitz ont posté sur arXiv une prépublication dans laquelle ils montrent l’équivalence entre le rang et le biais. Mais pour que le résultat de Cohen et Moshkovitz soit valable, il faut évaluer le biais du polynôme sur un système numérique très grand, ce qui limite la façon dont le résultat peut être utilisé.

Des formes et des maths

Qu’elles intriguent ou qu’on n’y prête pas attention, la nature a doté les êtres vivants de formes qui ne demandent qu’a être comprises grâce aux modèles mathématiques. On les connaît tellement qu’on ne les remarque même plus ! Pourtant, comprendre la formation du creux autour de la tige des pommes, la cuspide, n’a rien d’une évidence.

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Une pomme et sa cuspide

Science et avenir vulgarise les travaux, publiés dans la revue Nature Physics en octobre 2021, d’une équipe de mathématiciens et de physiciens qui s’est penchée sur la croissance des pommes. L’étude allie observation, modélisation et expérimentation. Lakshminarayanan Mahadevan, professeur à l’université de Harvard et auteur principal de l’étude, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « la forme des pommes nous a permis de sonder certains aspects physiques d’une singularité biologique. Bien sûr, nous devons maintenant comprendre les mécanismes moléculaires et cellulaires derrière la formation de la cuspide ».
Côté animal aussi on s’interroge, qu’est-ce qui donne la jolie forme en hélicospirale aux coquilles de mollusques ?

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Coquilles en hélicospirale d’une noisette de mer

Des chercheurs du laboratoire de géologie de Lyon et de l’Institut de mathématiques de l’université d’Oxford ont développé un modèle permettant de répondre à cette question. LyonCapitale résume leurs conclusions, qui ont été publiées dans la revue PNAS. Ainsi, ils ont montré que « si la croissance de la coque n’a lieu qu’à l’ouverture, les déformations mécaniques du corps des gastropodes et de certaines ammonites compris à l’intérieur de la coquille gouvernent en réalité le tracé tridimensionnel suivi par le bord en croissance ». Grâce au modèle développé, il est « désormais possible d’expliquer le développement des différentes formes de coquilles, leur variation et leur évolution ».

La poésie des mathématiques

Ana Caraiani est enseignante-chercheuse en mathématiques à la Royal Society de l’Imperial College de Londres. Son domaine de recherche : le programme de Langlands. Du nom de son instigateur, Robert Langlands, ce programme a pour ambition de proposer une théorie unifiée des mathématiques en reliant la théorie des nombres aux représentations de certains groupes.

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Robert Langlands

Dans une interview accordée à Quantamagazine (en anglais), Ana Caraiani nous propose un exemple des connexions établies par le programme de Langlands qui montre qu’établir des ponts entre des domaines différents des mathématiques est un travail hautement collaboratif. Dans ses recherches, Ana Caraiani a été confrontée à une preuve allant « de quelque chose de très géométrique à quelque chose de très théorie des nombres ». Après avoir résolu la partie géométrique, elle a fait appel à d’autres mathématiciens pour faire la partie théorie des nombres. La mathématicienne, originaire de Roumanie, évoque aussi les difficultés rencontrées à ses débuts : « j’ai fait face à des tentatives pour me décourager ». Bien que lauréate d’une médaille d’argent aux Olympiades internationales de mathématiques au lycée, « certaines personnes, dont des professeurs de mathématiques organisant l’événement, m’ont dit de ne pas trop espérer ». Un problème qui persiste encore aujourd’hui : « je reconnais que les mathématiques ne sont toujours pas aussi inclusives qu’elles devraient l’être – pas seulement pour les femmes, mais pour d’autres personnes issues de groupes sous-représentés ». La recherche d’unité poursuivie par Ana Caraiani ne serait certainement pas pour déplaire à Sam Baron, professeur agrégé de l’université catholique australienne. Dans un français approximatif, Marseille News nous parle de son étude théorique (Mathematical Explanation : A Pythagorean Proposal), récemment publiée dans The British Journal for the Philosophy of Science. Cette réflexion porte sur la question de l’existence des objets mathématiques, indépendamment des mathématicien·nes. Le motif hexagonal des nids d’abeilles permet de maximiser la surface de stockage du miel tout en minimisant la quantité de cire à produire.

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Motif hexagonal d’un nid d’abeilles

Cet exemple, et bien d’autres, amènent l’auteur à écrire que les structures mathématiques « seraient les expressions d’un univers conscient », et que les « mathématiques donneraient forme à la réalité et à la matière, tandis que la réalité et la matière seraient la substance dont les mathématiques ont besoin pour faire leur travail d’orfèvre ». D’ailleurs, une forme de conscience mathématique préexiste à son apprentissage formel. Dans un article (accès restreint), Sience&Vie décrit les résultats d’une expérience surprenante qui prouve que les nouveau-nés ont une perception de la quantité. En effet, Véronique Izard, du laboratoire Psychologie de la perception à l’université Paris-Descartes (désormais université de Paris), décrit l’expérience : « nous avons présenté plusieurs séries de sons identiques, puis d’images, à des nouveau-nés d’à peine 4 jours. Nous avons alors remarqué que ces derniers prêtaient une attention plus grande au dispositif lorsque le nombre de sons correspondait à peu près au nombre d’images, ce qui indiquerait qu’ils sont conscients du lien numérique qui existe entre les deux stimuli ». Plus surprenant encore, les « chercheurs ont noté que cette réaction des nourrissons apparaissait pour des quantités assez proches les unes des autres, mais également qu’elle était dépendante du ratio entre le nombre de sons et d’images ». La cause de cette sensibilité est dans la partie réservée aux abonné·es.

Formation

La base de la recherche et de l’innovation est la formation des futurs scientifiques.
Sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’Académie vietnamienne des sciences et technologies, en collaboration avec le ministère des Sciences et des Technologies, a lancé le 29 octobre le Centre international de physique et le Centre international de recherche et de formation en mathématiques . Le site gouvernemental Vietnam+ brosse un portrait des objectifs et attributions de ces deux centres qui « commenceront la formation à partir de 2021 avec de grands programmes : formation des talents et formation avancée ; [...] au niveau international à travers des programmes et projets de recherche scientifique ». Ces deux centres sont également en charge de l’organisation des activités de coopération internationale.
De l’autre côté du Pacifique, l’université de Sherbrooke (UdeS), finalise la création d’un programme de premier cycle en sciences quantiques. Christine Hudon, vice-rectrice aux études à l’UdeS, détaille dans La Presse les grandes étapes de ce processus de création. Un petit groupe d’enseignants-chercheurs, spécialisé dans le quantique et ses applications, « a vu l’intérêt de créer un programme de premier cycle dans ce domaine ». Après la naissance de l’idée, l’UdeS a évalué le besoin d’une telle formation. Les industries et les étudiants ont ensuite été consultés afin de s’assurer que les besoins sont réels. Une fois élaboré, le programme passe par différentes instances, internes puis interuniversitaires, qui doivent l’évaluer. Enfin, il est soumis au ministère de l’Enseignement supérieur. L’ UdeS « espère que l’évaluation sera terminée à temps pour lancer le programme l’automne prochain ».

Insolite

On apprend sur le site de HITEK.fr, que la mythique pierre philosophale aurait enfin livré ses secrets. Deux historiennes, Megan Piorko et Sarah Lang, en auraient trouvé la formule, cryptée, dans un carnet co-écrit par le savant Anglais Arthur Dee et son père, John Dee, il y a plus de 400 ans.

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John Dee

La formule a ensuite été déchiffrée par Richard Bean, un cryptologue et mathématicien australien. Il resterait à « vérifier que la traduction du carnet est bien la bonne » et à « laisser une équipe de chimistes expérimenter la recette de la Pierre Philosophale d’Arthur Dee ». La pierre philosophale n’a certes pas fini d’alimenter l’imaginaire collectif. Mais il est préoccupant que Piorko, Lang et Bean puissent servir de caution scientifique à la vague d’obscurantisme qui déferle actuellement sur nos sociétés. Les détails mathématiques du décryptage (qui, eux, semblent fiables) sont exposés dans l’article (en anglais) publié sur le site Livewire. Mais on aurait de loin préféré que le travail de Richard Bean inspire, par exemple, un nouveau scénario à Rowan Atkinson.

Vie de la recherche

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Article de maths ou fake news ?

Depuis quelques années, les fameuses fake news, ou fausses informations, leur déferlante rendue possible par Internet et les réseaux sociaux, et leur impact sur la société, sont au coeur du débat public. Le monde académique ne serait pas entièrement exempt de cette épidémie d’intox, suggère Franceinfo dans un article qui expose des faits parfois ahurissants : 2% des articles scientifiques publiés seraient frauduleux (soit, par exemple, 12 000 sur les… 600 000 articles publiés sur le Covid-19 en 2020 !) ; plusieurs centaines d’articles publiés ont été générés automatiquement par des algorithmes ; il existe des sites permettant à l’internaute de devenir, pour quelques centaines de dollars, auteur d’un article scientifique parfois complètement faux ; sans compter bien sûr les cas de fraude, plagiat et manipulation de données, en augmentation constante. Bigre ! Un phénomène suffisamment inquiétant pour le monde de la recherche lui-même, mais qui peut avoir des conséquences dramatiques lorsque les fake news scientifiques se répandent hors de la sphère académique et conduisent certaines personnes à mettre leur santé en danger ou à perdre tout simplement confiance dans la science.

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Le XXIe siècle sera-t-il celui de la science ouverte ?

Démocratiser le savoir scientifique, le rendre plus transparent et de façon plus générale aider la science à répondre aux grands défis du XXIe siècle passe par une promotion massive de la « science ouverte », déclare le chercheur en géochimie Olivier Pourret dans un article publié sur The Conversation. Sources à l’appui, il préconise de généraliser l’ouverture et la gratuité de l’accès aux articles de recherche, mais aussi leur diffusion plus large via les médias et les réseaux sociaux, afin qu’ils atteignent plus efficacement un public concerné. D’autre part, il fustige (comme beaucoup d’autres) les critères hégémoniques d’évaluation de la recherche, comme le facteur d’impact et le h-index, sources d’inégalités, de biais en faveur des grandes institutions de pays développés et de manipulations. Il recommande enfin, pour mieux impliquer les citoyens d’un pays dans le processus scientifique, de donner plus de place aux langues nationales plutôt qu’à l’anglais dans la publication et la diffusion de résultats.

Recommandation partagée, en ce qui concerne le français, par l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), mais désapprouvée par son ancien recteur, Jean-Paul de Gaudemar, dans une tribune publiée dans Le Monde. Ainsi, l’AUF a présenté à sa dernière assemblée générale le concept de « francophonie scientifique », « à vocation fédératrice et inclusive », ce qui déplaît à l’auteur de la tribune qui trouve cette notion mal définie, mal adaptée et potentiellement nuisible pour l’universalité de la science.

Parité

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La médaille Fields

Il se passe rarement plus de quelques mois sans que des chiffres accablants sur le manque de parité dans le monde scientifique ne soient déplorés à juste titre par les médias. Ces inégalités s’observent dès l’école primaire bien sûr, mais aussi de façon particulièrement insidieuse jusqu’aux plus hauts sommets de l’excellence académique, comme le note Courrier International dans un article issu du célèbre journal scientifique Nature (en anglais). L’article rapporte les résultats d’une étude consacrée au biais de genre parmi les lauréat·e·s de 141 des prix de recherche les plus prestigieux — dont la médaille Fields et le prix Abel pour les mathématiques. Résultat : sur l’intervalle 2001-2020, la proportion de femmes parmi les récipiendaires est bien inférieure à celle des femmes parmi les professeurs des universités. Un espoir cependant : les deux proportions augmentent régulièrement et l’écart entre les deux se réduit nettement au fur et à mesure de cette période.

Pour poursuivre la réduction de ces inégalités de genre, l’un des moyens les plus efficaces est la facilitation de l’accès aux études supérieures, notamment via des bourses, indique Marseillenews dans un article fort mal traduit de l’anglais (et ne citant pas sa source !), mais que nous relevons tout de même car il mentionne quelques chiffres intéressants, liste de nombreux exemples de bourses d’études dédiées aux femmes scientifiques et apporte témoignages et conseils pour y candidater.

Divers

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Bientôt l’anniversaire de la SMF !

Il sera bientôt temps de souhaiter un joyeux sesquicentenaire (150e anniversaire) à la Société mathématique de France ! Pour l’occasion, trois jours de festivités avec conférences, belles mathématiques et activités ludiques sont organisés à l’Institut Henri-Poincaré (IHP). Inscription gratuite dès fin novembre !

Enfin, quelques mois après sa publication, le résultat intrigant d’une étude publiée par une équipe de recherche en psychologie de l’université d’Oxford est relayé par Le Dauphiné et Le Progrès — mais nos plus fidèles lecteur·ice·s repéreront qu’il avait déjà attiré l’attention de l’Obs, et donc de la RdP, en juin dernier. La rubrique enseignement en reparle aussi. Bref, on se répète : selon cette étude, faire des mathématiques à l’école jusqu’à la fin de l’adolescence favoriserait la présence d’un neurotransmetteur dans le cerveau appelé acide amino-gammabutyrique, ou Gaba, qui joue un rôle crucial dans la régulation de l’activité et de la plasticité cérébrale. Via une série d’expériences sur des groupes de lycéen·ne·s britanniques, l’étude met en évidence les différences dans la production du Gaba selon que les élèves ont arrêté plus ou moins tôt les mathématiques à l’école, comme cela est possible au Royaume-Uni ; qui plus est, elle démontre que cette différence ne peut pas être imputée à des prédispositions en mathématiques, et n’est pas constatée pour d’autres matières… comme quoi, les maths, c’est vraiment extraordinaire !

Applications

« Pourquoi le sable n’est-il pas un liquide ? », « Comment construire des bâtiments bas carbone ? », « Que peuvent nous apprendre les hot-dogs sur la théorie des nombres ? », ou bien encore « Quel est le meilleur moment pour remplacer Neymar au coeur de l’attaque du PSG ? ». Toutes ces questions sont dans l’actualité des applications des maths ce mois-ci !

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Dune de sable au Maroc

La SMF publie la vidéo d’une conférence d’une heure et demie donnée par la mathématicienne Aline Lefèbvre-Lepot et le physicien Antoine Seguin le 24 novembre dernier à propos des matériaux granulaires. On parle aussi de matériaux et de mathématiques sur le site Chroniques Architecture. Un architecte se demande dans une tribune « quel est le réel impact de tous ces bâtiments prétendument vertueux mais à la durée de vie limitée ? » à propos des constructions récentes respectant les exigences environnementales. La question paraît légitime, mais l’auteur a l’air agacé, et s’emporte un peu : « les architectes, à la formule par cœur des ingénieurs, ont pour eux leur créativité ».
Passons à table avec l’article de Quanta Magazine à propos des hot-dogs et du théorème des restes chinois. Le problème ne vous saute peut-être pas aux yeux en métropole, mais aux États-Unis, les pains sont vendus par 8, alors que les saucisses sont vendues par 10. Le problème n’est pas si compliqué, il suffit d’acheter cinq paquets de pains et quatre paquets de saucisses, mais pour peu qu’il vous reste deux pains et une saucisse au frigo… l’article est amusant, et accompagné de quatre exercices avec solutions à la fin !
Le Point (abonné·es) parle de maths et de foot, et on y apprend qu’au centre de R&D du PSG, on s’intéresse à nos équations ! À l’approche des JO, alors que des initiatives comme le GdR Sport ont le vent en poupe depuis quelque temps, Le Point a l’air de découvrir les applications des maths au sport. Leur article est centré sur le mathématicien Mathieu Rosenbaum.

Intelligence artificielle

Carenews publie une interview du directeur R&D chez RTE, une entreprise partenaire de la Maison Poincaré qui a lancé l’étude Futurs énergétiques 2050 et proposé six scénarios dont ont débattu Thomas Piketty et Dominique Seux sur France Inter le 29 octobre dernier. Alors qu’une étude récente a montré que 84 % des Français faisaient confiance à la science (écouter l’édito M du 18 novembre sur France Inter), le directeur R&D souhaite que les mathématiques éclairent le débat public et les décideurs, « pour que chacun et chacune d’entre nous ne se sente pas « dépossédé·e » par la complexité du monde ». Ce n’est peut-être pas leur rôle principal, mais il insiste aussi sur « le rôle des chercheurs et chercheuses […] de vulgariser et de transmettre [leurs] connaissances au grand public ».
Les candidatures pour le master africain en intelligence artificielle (African Master in Machine Intelligence AMMI) sont ouvertes ! Le processus est sélectif, avec 6 % de postulants admis, mais quasi-paritaire, avec 47 % de femmes. On apprend dans Infos Plus Gabon que cette quatrième promotion, basée sur le campus de l’AIMS à Mbour au Sénégal, sera soutenue par Facebook et Google. Les cours commenceront en janvier 2022.

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Logo du collectif CHATONS

Rappelons qu’il existe des alternatives à Facebook et Google, ces géants privés. Le collectif CHATONS regroupe des « structures d’hébergeurs de services alternatifs » et libres. Cette initiative a été lancée par Framasoft, « Amap du numérique » créée par un prof de maths français il y a tout juste vingt ans, comme le rappelle le site ZDNet.

Covid

Science et Covid

Début novembre, Le Monde (abonné·es) a relayé une étude parue dans Science à propos de l’émergence du variant bêta en Afrique du Sud, et publié le même jour un article sur le séquençage en Afrique. Bien que l’Afrique du Sud soit un pays moteur du réseau de séquençage en Afrique, « ce qui a certainement joué un rôle dans l’identification du variant », il semble que la détection de nouveaux variants dans cette zone géographique ne soit pas simplement une conséquence mécanique du séquençage qui y est mené. D’une part « les capacités [de séquençage] restent inférieures à celles des pays du Nord » – à ce propos, Santé publique France a mis à jour en novembre son site expliquant comment les variants sont surveillés et classifiés-. D’autre part, l’épidémie de VIH y est très présente, et particulièrement dans les bidonvilles où les soins manquent et où la proximité est grande, ce qui cause de gros problèmes de santé publique : une part importante de la population est immunodéprimée, ce qui pourrait expliquer l’émergence de variants.

Bonne nouvelle pour la santé publique, Pfizer a signé un « accord de licence volontaire », pour qu’un générique de sa pilule contre le Covid puisse être produit dans « tous les pays à « revenu moyen inférieur » et « inférieur » tels que désignés par la Banque mondiale, mais aussi les pays à « revenu moyen supérieur » d’Afrique subsaharienne et ceux qui ont accédé à ce statut au cours des cinq dernières années ». Le Monde a publié une dépêche AFP à ce sujet.

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Kigali

L’Agence Ecofin nous annonce le lancement d’une initiative de l’université de Washington pour former « des collègues de l’université du Rwanda et de l’Institut africain des sciences mathématiques […] à Kigali » à l’utilisation de données à grande échelle, « une opportunité de riposte contre les maladies infectieuses et chroniques ». Voir ici pour un article côté États-Unis.

Actualités

Alors que le variant Omicron est le sujet de vives préoccupations – nous en parlerons sûrement plus en détails le mois prochain – et que nous sommes face à une nouvelle vague d’infections, le journaliste Pascal Riché, dans sa chronique de L’Obs, pose la question des noms de ces vagues.

« En 2049, parlera-t-on de la 67e vague ? »

Reprenant le vocabulaire ministériel, Pascal Riché surnomme la vague actuelle « la fugurante ». Or « quand il faudra de nouveau lancer une alerte rouge, lors de la sixième vague, puis de la septième, puis de la huitième vague, il faudra pour être entendu accroître la charge à chaque fois », et qu’y a-t-il au delà de fulgurant ? « Atomique » ? « Apocalyptique » ?

En tout cas, les dernières mesures annoncées en France sont recensées et en accès libre sur le site du Monde.

Bilan de la pandémie

France TV Info et Les Échos sont tous les deux revenus sur le décompte du nombre de morts dans le monde et aux États-Unis proposé par l’université Johns Hopkins.

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Graphique issu du site Our World In Data
Site publié par l’université d’Oxford

Le Monde déforme un peu les résultats d’une enquête menée par l’Insee et titre « Pendant la récession liée au Covid-19, la pauvreté n’a pas augmenté, selon l’Insee ». Bien que les résultats obtenus par l’Insee soient moins négatifs que ce qui était attendu, et restent stables par rapport à 2019, le directeur général de l’Insee Jean-Luc Tavernier lui-même s’est fendu d’un post de blog intitulé « Le taux de pauvreté serait stable en 2020 : ce que dit cette première estimation et ce qu’elle ne dit pas ». Ce sujet a aussi été débattu par Thomas Piketty et Dominique Seux sur France Inter.

Covid et enseignement

Face à la reprise épidémique, Jean-Michel Blanquer a annoncé jeudi 25 novembre lors d’une conférence de presse un changement de stratégie, comme le rapporte le site de France Inter.
Progressivement à partir du 29 novembre, et à partir du 6 décembre dans tous les établissements, les classes cesseront d’être automatiquement fermées au signalement d’un cas positif. À la place, les élèves devront réaliser un test, qui pourra avoir lieu dans l’établissement ou au dehors, et qui conditionnera leur retour en classe. Une latitude est laissée aux agences régionales de santé pour décider de la fermeture d’une classe quand trop de cas y apparaissent.

Le podcast « Parole à la science » du CNRS tend le micro à Maëva Garnier, chercheuse en sciences du langage au laboratoire Grenoble Images Parole Signal Automatique, et à Agnès Piquard-Kipffer, psycholinguiste à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés.

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Maëva Garnier et Agnès Piquard-Kipffer

Tour à tour, ces chercheuses nous expliquent le résultat de leurs études sur l’impact du port du masque sur l’intelligibilité, avec à l’esprit les situations d’apprentissage. Nous apprenons que le masque réduit le volume de parole perçue, ce qui est en général compensé par le locuteur ou la locutrice, mais peut engendrer une fatigue supplémentaire de la voix chez les enseignants. Surtout, le masque empêche la lecture labiale, dont on sait qu’elle joue un rôle très important dans l’acquisition des compétences langagières chez l’enfant jeune, en particulier dans la préparation de l’apprentissage de la lecture.

Enseignement

L’Éducation nationale édite un dossier de presse à l’occasion de l’année écoulée depuis les états généraux du numérique. L’institution dresse un bilan de son action cette année, et rappelle les enjeux publics majeurs que sont l’éducation au numérique et la lutte contre l’illectronisme.

Dans son édition du 3 novembre, Le Canard enchaîné observe qu’à l’occasion de la réforme de la préparation du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES), l’opportunité qui a été donnée aux préparationnaires en M2 d’enseigner à temps partiel contre rémunération de 722 euros net par mois n’a été saisie que par une minorité. (Auparavant, le concours se passait l’année de M1 et les lauréats percevaient en M2 une rémunération de 1425 euros net en tant que fonctionnaires-stagiaires.) Parmi les explications avancées pour cette désaffection, la charge que représente la préparation du concours de recrutement. Le résultat serait, pour beaucoup, une précarité accrue au moment d’entrer dans le métier. Le journal rappelle opportunément que les salaires des enseignants est inférieur de 15 % à la moyenne de ceux des 38 pays de l’OCDE.

Dans une tribune au Monde, faisant suite à une précédente au mois d’octobre (accès restreint), Radouan Raoui, professeur agrégé de mathématiques et inspecteur pédagogique régional, revient sur les évolutions auxquelles a mené la mastérisation des concours de recrutement de l’Éducation nationale depuis une dizaine d’année. En comparant la situation française avec celle d’autres pays, l’auteur note les effets paradoxaux que peut avoir un recrutement tardif et portant sur des compétences principalement disciplinaires.

L’étude de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) de l’Éducation nationale qui a donné lieu à la lettre ouverte des sociétés savantes en ouverture de cette revue de presse est aussi reprise et analysée dans Les Échos sous l’angle de l’impact sur l’enseignement en général et sur celui des mathématiques en particulier. Il est notamment remarqué que les lycéens ont désormais moins d’heures de cours : la réforme a fait disparaître au total plus de 35 000 heures, soit 3 %. Les mathématiques sont particulièrement touchées, avec une baisse de plus de 18 %. Cela permettra au ministère de diminuer le recrutement. Certains estiment déjà à 2 200 le nombre de postes qui ne seraient pas remplacés.
Pour les mathématiques, la forte baisse du nombre d’heures n’est pas seulement imputable à l’absence de cette discipline dans le tronc commun ; les choix d’options par les élèves y contribuent également. D’autre part, les professeur⋅es ont maintenant, en moyenne, plus de classes à suivre (ce qui pourrait poser problème pour le suivi des élèves). Tout cela découle, selon certains observateurs, de la « logique gestionnaire » et « économique » de la réforme.
Un constat analogue est fait par La Croix (accès restreint).

La Société mathématique de France rapporte que dans l’académie de Besançon, deux jeunes agrégé·es ont été placé·e·s en report de stage forcé cette année (l’un.e des deux s’est finalement vu proposer un stage suite à l’intervention d’acteurs institutionnels). Une situation qui peut paraître étrange quand on connaît la difficulté qu’a l’Éducation Nationale à recruter des professeur⋅es de mathématiques à l’échelle nationale ces dernières années. À Verneuil-sur-Seine, dans les Yvelines, encore ce mois-ci, Le Parisien rapportait ainsi qu’une classe Segpa a passé deux mois sans professeur de mathématiques.

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Évolution des volumes horaires selon les matières depuis la réforme.

À l’heure du réaménagement des filières du lycée, on peut se demander s’il est vraiment opportun de permettre aux élèves d’arrêter complètement les mathématiques.
Sud-Ouest et Le Progrès relayent une étude de George Zacharopoulos, Francesco Sella et Roi Cohen Kadosh parue dans la revue PNAS, dans laquelle il est question d’évaluer l’impact délétère sur la santé cérébrale de l’arrêt total de l’étude des mathématiques à l’adolescence. À la suite de cet arrêt, on observe une réduction de la quantité d’un neurotransmetteur impliqué dans les fonctions de mémoire et de raisonnement. Pour l’un des auteurs de l’étude, si l’on fait le choix d’arrêter les mathématiques à l’adolescence, il est important de pouvoir compenser cette perte par la pratique de la logique ou d’une activité de raisonnement permettant d’entraîner ces capacités.

Terminons sur quelques notes plus positives. En Côte d’Ivoire, la Direction de la Veille et du Suivi des Programmes a rendu un rapport encourageant sur l’évolution des acquis en mathématiques en classe de CE1.
En France, selon L’Étudiant, les évaluations repères ont permis de constater que le niveau des élèves de sixième s’est amélioré ces deux dernières années, tandis que les écarts de niveaux tendraient à se réduire.

Histoire

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Une pascaline du musée des arts et métiers

En termes de diffusion l’idée de romancer l’histoire des mathématiques (ou des sciences) présente l’avantage d’intéresser un très large public sans avoir à présenter des aspects trop arides, ni scientifiquement, ni historiquement. En littérature des romans comme Les Cheveux de Bérénice ou Le dernier théorème de Fermat, au cinéma L’Homme qui défiait l’infini en sont des exemples (parmi d’autres).

L’idée a fait aussi son chemin dans des émissions radio. Début novembre sur Europe 1, nous pouvions entendre parler de Blaise Pascal, l’inventeur de la première machine à calculer. La chroniqueuse Clémentine Portier-Kaltenbach a été séduite par l’histoire de la pascaline et celle de son inventeur. Historienne de formation, elle conte avec passion la vie de Pascal en s’attachant à faire « vivre » le personnage dans son époque et son milieu. L’émission est l’occasion de faire découvrir (ou redécouvrir) aux auditrices les ressorts d’une invention qui a marqué l’arrivée d’une nouvelle ère pour le calcul scientifique, celle des calculatrices mécaniques, qui ne se développeront qu’aux dix-huitième et dix-neuvième siècles. Dans l’intimité de l’Histoire est une chronique de l’émission Historiquement vôtre qui aborde les sujets les plus divers, rarement liés aux sciences ou aux mathématiques. Celle-ci est donc l’exception qui confirme la règle.

À la fin de l’émission, les réalisateurs signalent la sortie prochaine de La Machine de Pascal (nous en reparlerons dans les parutions lorsqu’il sera disponible), le dernier livre de Laurent Lemire, qui était par ailleurs l’invité de France Culture fin novembre dans une autre émission sur Pascal, très différente : « Blaise Pascal, précurseur de l’ordinateur ? ».

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Portrait d’Ada Byron enfant (1822)
Bibliothèque du Somerville College, Oxford

Le National Geographic vient de consacrer un article à Ada Lovelace, « Ada Lovelace, première programmeuse de l’Histoire », qui est une reprise de celui paru il y a quelques mois sur le site National Geographic Kids (en anglais). Adolescente surdouée, passionnée de mathématiques et de sciences (comme sa mère Annabella Milbanke), elle fut la première à écrire une boucle informatique, un siècle avant le développement de cette science. Ce court article apporte un éclairage sur ce premier programme informatique de l’histoire en soulignant le rôle crucial d’Ada Lovelace. Sa courte vie est mieux connue dans les pays anglo-saxons. Plus personne ne remet actuellement en cause son génie, mais celui-ci n’a été que tardivement reconnu. Vous voulez en savoir un peu plus ce personnage fascinant et passionnant ? Le site des bibliothèques de l’université de Poitiers vous propose une bibliographie intéressante à l’occasion de la sortie en livre de poche de l’ouvrage de Catherine Dufour, paru en 2019 chez Fayard (voir la revue de presse du 1er juin), Ada ou la beauté des nombres : la pionnière de l’informatique.

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Un poster de l’exposition Sophie Germain

Toujours en novembre Échosciences Grenoble remet en exergue Sophie Germain, la mathématicienne de l’ombre. Nolane Langlois, étudiante en M1 CCST (communication et culture scientifiques et techniques) à l’université de Grenoble Alpes, nous propose un portrait de cette mathématicienne, qu’elle a écrit pour s’exercer dans un de ses cours. « Envers et contre tout, elle s’est fait sa propre place pour pouvoir étudier les mathématiques et produire ses travaux. » Ce sympathique exercice s’appuie sur la bande dessinée Les audaces de Sophie Germain (voir la revue de presse du 1er juin). C’est aussi l’occasion de nous rappeler qu’une très belle exposition, présentée dans le hall d’entrée et la bibliothèque de l’Institut Fourier, reste accessible jusqu’au 17 décembre 2021 !

Nicolas Bourbaki a écrit une page récente de l’histoire des mathématiques, « le modèle de toute une génération », dit Alain Connes. Pour ceux qui s’y intéressent, rappelons que la Fondation Hugot du Collège de France avait produit une remarquable vidéo, Une histoire de Bourbaki, tournée autour de Jean-Pierre Serre, Pierre Cartier et Jacques Dixmier. C’est Alain Connes qui anime la discussion qui tourne sur période 1945-1975, « l’âge d’or de Bourbaki » comme il le définit. « Un concentré de génie » a écrit un internaute. En tout cas un incontournable volet de la culture mathématique. D’autres émissions passionnantes se trouvent sur le site YouTube de la fondation Hugot.

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Des savants dans une bibliothèque abasside
(Yahya al-Wasiti. Baghdad 1237)

Enfin les spécialistes et les amatrices de mathématiques arabes se réjouiront de la sortie (en anglais) du livre de Mahdi Abdeljaouad et Jeffrey Oaks, Al-Hawārī’s Essential Commentary (sous titré Arabic Arithmetic in the Fourteenth Century). En particulier, Mahdi Abdeljaouad a publié (en français ou en arabe) plusieurs ouvrages de mathématiques et d’histoire des mathématiques ainsi que de nombreuses recherches en histoire des mathématiques arabes. Un de ses articles est sur ce site.

Honneurs

L’Institute for Advanced Study (IAS) est l’un des plus prestigieux centres de recherche au monde. Il a accueilli bon nombre des meilleurs savants du siècle dernier : Albert Einstein, Kurt Gödel, Robert Oppenheimer, John von Neumann, Claudio Bunster, Erwin Panofsky et bien d’autres... Un documentaire, The World of Thinking, lui a été consacré et a été projeté au festival Pariscience.
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Jean-Pierre Luminet

Dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la science au service de la paix et du développement, le prix de la vulgarisation scientifique 2021 de l’UNESCO a été décerné à Jean-Pierre Luminet.
L’Humanité publie à cette occasion un entretien avec l’astrophysicien français, réalisé en janvier dernier lors de la parution de son livre L’Écume de l’espace-temps. Il nous parle entre autres, avec passion, de théorie des cordes, de matière noire, d’univers multiples et de bien d’autres sujets...

« Au Soudan, une mathématicienne invente un diagnostic pour une maladie tropicale négligée. » C’est sous ce titre que Le Monde Afrique nous présente Hyam Ali, scientifique de 28 ans qui travaille à Khartoum, et a obtenu le prix Jeunes Talents 2021 du programme For Women in Science Africa. Cet article est le premier d’une série en cinq épisodes intitulée Les sciences changent la vie des Africaines. Voici les suivants : Au Cameroun, une physicienne se passionne pour les dangers des radiothérapies ; Au Rwanda, une ingénieure veut convaincre les filles de se lancer en sciences ; Au Kenya, la chimiste qui veut donner à boire à toute l’Afrique ; En Tunisie, une ingénieure s’attaque au chômage des jeunes.

Autre femme à l’honneur : Shafi Goldwasser, chercheuse israélo-américaine en informatique et cryptographie, professeure de génie électrique au MIT et professeure de mathématiques à l’Institut Weizmann. Le site Israel Valley nous apprend que le titre de Docteure honoris causa de l’université de Tel-Aviv lui a été décerné pour « sa contribution exceptionnelle à la théorie de l’informatique sur près de quarante ans, pour ses travaux révolutionnaires sur la théorie de la complexité et dans le domaine de la cryptographie ».

Et c’est encore à une femme, Karima Amoura, que revient un prix d’excellence en enseignement de l’université de Montréal. Le site de cette université écrit que cette enseignante « réussit à faire aimer les mathématiques » aux étudiant⋅es.

On se souvient que le conseil municipal de Villeurbanne avait voté l’attribution de la citoyenneté d’honneur de la ville à Tuna Altinel à l’issue d’un vote qui avait fait l’unanimité. Le Progrès nous apprend que la remise officielle de son diplôme s’est déroulée le 15 novembre en préambule des travaux du conseil. Différentes photos de la cérémonie ont été publiées sur le compte Twitter de la ville. Nous avions suivi régulièrement les évènements (voir par exemple cette page ou celle-ci et cette cérémonie clôture heureusement en quelque sorte cette longue affaire.

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Les membres de l’Académie Royale des Sciences en 1667

L’Académie des sciences a procédé à la remise des prix thématiques 2021. En mathématiques :

Le prix Jean-Jacques Moreau a été décerné à Filippo Santambrogio, professeur à l’université Claude Bernard Lyon 1, chercheur à l’Institut Camille Jordan et membre junior de l’Institut universitaire de France.

Cristina Toninelli, directrice de recherche CNRS au sein du Ceremade, a reçu le prix Marc Yor.

Le prix Charles-Louis de Saulses de Freycinet a été remis à Mikael de la Salle, directeur de recherche CNRS à l’Institut Camille Jordan (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/Université Jean Monnet Saint-Étienne/Centrale Lyon/INSA Lyon/Université de Lyon).

Le prix Alexandre Joannidès revient à Olivier Biquard, professeur à Sorbonne Université et directeur de l’Institut de mathématiques de Jussieu–Paris rive gauche (IMJ-PRG, Sorbonne Université/Université de Paris/CNRS).

Toutes nos félicitations au heureux lauréats !

Autres prix importants, les Prix Inria, au nombre de trois, ont été créés il y a exactement dix ans. Ils sont remis en partenariat avec l’Académie des sciences et Dassault Systèmes. Ils récompensent « celles et ceux qui font avancer les sciences et technologies du numérique ». Une vidéo présente Jean-Bernard Lasserre, grand Prix Inria-Académie des sciences 2021.

Diffusion

Jeux et vocation
Qui a dit que les maths sont ennuyeuses ? Normand Baillargeon, chroniqueur sur Radio Canada, propose une sélection de 10 livres, dont deux en anglais, pour s’initier au « casse-coco », ainsi que deux ouvrages sur l’histoire des jeux et énigmes mathématiques.

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Normand Baillargeon

Et pour s’y mettre (ou ne pas perdre la main), Normand Baillargeon n’oublie pas le casse-coco de la semaine. Outre leur côté ludique, les casse-cocos peuvent susciter des vocations.
L’université de Montréal (UdeM) présente ici son nouveau professeur adjoint du Département de mathématiques et de statistique.
Ce jeune chercheur en géométrie et analyse complexe, Maxime Fortier Bourque, souligne le rôle déterminant des jeux et énigmes mathématiques dans son choix de devenir mathématicien.

Les jeux mathématiques sont aussi accessibles aux plus jeunes grâce à différentes initiatives. Dominique Epiard a relevé le défi de rendre les tables de multiplication amusantes. Son épouse (enseignante) et lui ont créé un jeu de société médaillé d’argent au concours Lépine 2021. La Nouvelle République en explique la démarche : « l ’univers de ce jeu est tourné autour de la pêche de petits poissons. [...] De quoi imager des notions mathématiques parfois obscures pour les jeunes enfants. »

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Un jeu de bridge

En plus de nouveaux jeux, d’autres plus anciens sont adaptés au jeune public. La Fédération française de bridge lance « Le Petit Bridge », un jeu adapté aux enfants dès 6 ans, permettant d’apprendre les rudiments du bridge et de travailler les maths en s’amusant.
Cette initiative est décrite par LSA (accès restreint).

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Leonardo Fibonacci

Enfin, Les sorciers de Salem, site du laboratoire de mathématiques Raphaël Salem (CNRS, université de Rouen Normandie), propose plusieurs activités pour (re)découvrir la suite de Fibonacci et le nombre d’or.
En plus d’expliquer deux tours de « magie », le site engage à une promenade au jardin pour voir si la suite de Fibonacci ne se cacherait pas au cœur des fleurs.
Deux posters téléchargeables illustrent des propriétés de cette suite et du nombre d’or qui pourraient bien surprendre même les habitué·es de la suite.

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Fleur de camomille jaune. Cet arrangement de spirales fait intervenir la suite de Fibonacci.

Spectacle vivant
Plusieurs spectacles vivants illustrent avec poésie des concepts mathématiques. Les habitants de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) ont la chance d’accueillir un concert-conférence autour des mathématiques. Ouest France présente Math’n pop, qui réunit mathématiques, musique et comédie « pour révéler d’une manière originale, ludique et interactive, différents concepts mathématiques ». Du côté de Dijon, c’est la danse qui est à l’honneur. Dans le cadre du mois ArtSciences, l’université de Bourgogne accueille deux spectacles mêlant danse et sciences. InfoDijon présente ces performances, avec des liens vers des extraits vidéo.

En Suisse, le quatrième mapping (spectacle son et lumière) du colloque de la fondation Wright présente Maths et brillant, « une animation ludique et colorée qui arrive à la conclusion que tout est question de mathématiques ».

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Ce colloque scientifique et son mapping sont présentés par Radio Lac. Ci-contre : le spectacle son et lumière sur une façade du bâtiment Uni-Bastions, qui abrite les facultés de lettres et de théologie de l’université de Genève, lors du colloque Wright pour la science 2016.

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La machine de Turing, pièce de théâtre récompensée par quatre Molières en 2019, arrive à Toulouse.
Le site Toulousblog parle de ce spectacle qui « conte avec brio, sensibilité et tendresse le destin d’un génie injustement resté dans l’ombre et broyé moralement par l’Angleterre bien pensante des années 50 ».

Malgré son dénouement tragique, la pièce est pleine d’humour, portée par l’auteur et comédien Benoît Solès.

Le climat
S’il y a bien un sujet dont on ne parlera jamais trop, c’est le climat. La « COP 26 » s’est tenu du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow. À cette occasion, le journal Droit Numérique publie le premier article d’une série de trois, portant sur le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Ce premier texte fait un historique de l’étude des conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre sur le climat. Du premier signalement de l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère en 1957, à la COP21 en 2015, l’article revient sur les grandes étapes de la prise de conscience du danger et des mesures, très insuffisantes, prises pour éviter le pire.

Problèmes résolus !
Dans la revue de presse du mois dernier, nous présentions un article (en anglais) de Quatamagazine qui vulgarisait les conclusions d’un travail de recherche publié au mois de mars sur arXiv. Des mathématiciens y donnent la preuve que les équations qui modélisent la fonte d’un glaçon ont presque toujours des solutions régulières. Cette preuve couronne plusieurs dizaines d’années de travail pour comprendre ce problème dit de « frontière libre ». Pour les non-anglophones intéressé·es par le sujet, le magazine Trust my Science a traduit en français l’article en question. Parfois, résoudre un problème, c’est prouver l’impossibilité d’y apporter une solution. Emily Riehl, professeure à l’université Johns Hopkins, présente, dans la partie en libre accès d’un article paru dans Pour la science, l’une des énigmes mathématiques les plus anciennes : le doublement du volume d’un cube seulement à la règle (non graduée) et au compas. Le philosophe grec Plutarque attribuait déjà cet énoncé à Platon. Un énoncé simple, mais sur lequel les mathématicien·nes se sont cassé les dents pendant des siècles. Jusqu’à ce que, en 1837, Pierre-Laurent Wantzel démontre l’impossibilité de trouver une solution. Dans la partie en accès restreint, Emily Riehl apporte un élément de réponse à la question suivante : comment font les jeunes mathématicien·nes pour absorber en peu de temps un grand nombre de théories mathématiques extrêmement complexes ? La réponse pourrait tenir dans la théorie des catégories, née au xxe siècle. Grâce à un certain niveau d’abstraction, celle-ci donne une sorte de « vue d’ensemble » des mathématiques.

Scolaire
Du 15 novembre au 17 décembre 2021, le cercle FSER (Fondation Schlumberger pour l’Éducation et la Recherche) organise dans de nombreuses villes de France une série de speed meetings scientifiques, les rencontres « Declics » (Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs). Depuis 2015, ce sont près de 20 000 élèves qui en ont bénéficié dans une vingtaine d’académies, grâce à l’investissement de plus de 4 000 chercheurs et de l’équipe centrale DECLICS. Le but est de permettre aux élèves de mieux comprendre l’importance et les mécanismes de la recherche fondamentale et de leur faire découvrir de nouveaux métiers, voire des métiers qui émergent. L’opération se déroule sur un maximum d’une demi-journée. Trois phases sont proposées : une conférence d’une demi-heure, sept rencontres personnalisées de 12 minutes entre lycéens et chercheurs (une table de discussion par groupe de 5 élèves), un temps d’échanges entre les chercheurs et le personnel éducatif du lycée « afin de permettre la prise de contacts et pérenniser le lien ». Une page est dédiée à l’inscription des classes et une page à celle des chercheurs. Ce sont les « Ambassadeurs et Ambassadrices Declics ».

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Avec la Fédération MARGAUx (Fédération Mathématique de Recherche en Région Nouvelle-Aquitaine), pour le grand public, les mathématiques s’invitent toute l’année dans toute la région Nouvelle-Aquitaine ! Ce qui n’est pas étonnant puisque, selon Wikipédia, le conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine est celui qui investit le plus en innovation et recherche après celui de l’Île-de-France. En partenariat avec le programme Les sciences s’invitent de l’Académie de Poitiers, la fédération propose des conférences ciblant les collèges et lycées : un⋅e mathématicien(ne), ou un binôme formé d’un⋅e mathématicien⋅ne et d’un⋅e chercheu.r.se d’une autre discipline vient présenter un sujet de recherche où les mathématiques jouent un rôle marquant, et parlent aux élèves de leur métier.

Centre•Sciences (implanté à Orléans) propose depuis de longues années des ressources originales (expositions, documentations, produits multimédias) pour la diffusion des sciences et des mathématiques toujours disponibles. Sa dernière production, La Malle à Maths, a été développée à l’initiative de l’Institut Denis Poisson avec le soutien du CNRS, de l’université d’Orléans, de l’Académie d’Orléans-Tours, du Conseil régional Centre-Val de Loire et du Fonds européen de développement en région (FEDER). Elle vient juste d’être mise à la disposition des enseignants du primaire et du secondaire. Elle circule pour l’instant dans la région, mais il est envisageable de la proposer au delà. L’idée reprend celle des expositions (mais dans un format plus maniable) : découvrir des aspects variés des mathématiques sous une forme ludique invitant les élèves à une participation active, à la recherche de problèmes, à en savoir un peu plus « en manipulant sur un coin de table, voire un coin d’écran où sont identifiées d’autres ressources bibliographiques avec Florilège des mathématiques : livres, docs, BD, événements et ressources en ligne… » C’est tantôt un cabinet de curiosités mathématiques, tantôt une malle de voyage dans des univers géométriques. Les ressources, très nombreuses, sont appelées à se développer à l’avenir. Cette initiative bienvenue répond à une demande de plus en plus forte ces dernières années.

Quelques mots sur les vidéos qui sont une partie du paysage de la diffusion mathématique en plein développement.

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Les joueurs de cartes d’Honoré Daumier

Nous apprenons que la chaîne du Myriogon est en train d’évoluer pour mettre en œuvre un nouveau format original que l’on ne retrouve nulle part (en langue française). « Une chaîne où l’on verrait des mathématiciennes et mathématiciens parler de mathématiques depuis leur bureau ou leur labo ; des vidéos qui ne soient ni des interviews, ni des exposés, et qui conservent un ton relativement naturel. » L’idée reprend, en partie, celle de la chaîne anglo-saxonne Numberphile. L’objectif est de fournir des contenus à niveau accessible pour des élèves en fin de collège ou en lycée, mais intéressants pour le plus grand nombre. Un très beau projet qui avait été mis en veille avec la crise sanitaire. La première vidéo, Des cartes bien à leur place, qui met en scène Viviane Pons, est en quelque sorte un galop d’essai, mais c’est une réussite ! Vous pouvez aussi la retrouver sur Images des mathématiques ici.

Vous voulez construire votre dodécaèdre au compas et à la règle, construire votre ellipsoïde en accordéon, découvrir les maths derrière les jeux vidéos, retrouver une conférence des Soirées mathématiques de Lyon...? La Maison des mathématiques et de l’informatique de Lyon nous rappelle qu’elle vient de créer une page regroupant tutoriels, conférences, activités...

Parutions

Dans les kiosques

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La théorie des catégories, un pont entre disciplines
(Le pont de l’île d’Oléron vu de la mer)

La première de couverture du numéro de décembre du mensuel Pour la Science accroche l’oeil : La théorie des catégories, sous titré « Une vision unificatrice en mathématiques ». Un numéro qui met les mathématiques à la une avec deux articles, Théorie des catégories : les mathématiques vues du ciel et Des catégories à l’infini.

Le premier article est signé Manon Bischoff. Physicienne de formation, elle s’ouvre à d’autres disciplines telles que la physique, l’informatique ou la linguistique et parle ici de la théorie des catégories qui « a permis d’identifier des liens entre des objets mathématiques de natures différentes ». Elle suit le cheminement historique : Descartes, Poincaré, Emmy Noether, Samuel Eilenberg, Saunders Mac Lane, Alexandre Grothendieck et son apport décisif qu’elle développe. L’un des intérêts qu’elle trouve à la théorie des catégories est de rapprocher des spécialistes de différentes disciplines « à condition que les chercheurs aient envie d’apprendre un formalisme étrange et abstrait ». Elle ajoute, en conclusion, que « dans certains domaines scientifiques, le niveau d’abstraction de la théorie des catégories est devenu crucial, voire indispensable, pour résoudre des problèmes complexes ».

Le second est rédigé par Emily Riehl, qui travaille en théorie des catégories supérieures et en théorie de l’homotopie à l’université Johns Hopkins. Cet article était sorti en octobre dans le Scientific American sous le titre Infinity Category Theory Offers a Bird’s-Eye View of Mathematics (vous pouvez le lire en anglais en attendant votre revue préférée...). Pour permettre au grand public d’entrevoir ces domaines qui nécessitent un très solide bagage mathématique pour être abordés, l’auteure fait appel à de nombreuses illustrations et ajoute un glossaire des termes mathématiques utilisés ! La théorie des catégories est née au milieu du siècle dernier et son développement a été tellement crucial et important que Emily Riehl se demande en conclusion « où en seront les mathématiques à la fin du nôtre ».

Toujours dans ce numéro, Jean-Paul Delahaye pose au sujet de l’espérance de vie cette question : « Indique-t-elle combien de temps en moyenne il nous reste à vivre ? » Comme vous vous en doutez déjà, la réponse est négative... « car les calculs reposent sur les statistiques passées, qui ne se reproduiront pas nécessairement ». Il explique pourquoi l’espérance de vie réelle, l’espérance de vie des statisticiens et l’âge moyen de décès sont différents.
Il vous fera aussi découvrir quelques paradoxes comme : la survenue d’une épidémie ne fait pas nécessairement baisser l’espérance de vie (« quand des seniors arrivent dans une région, cela fait monter l’espérance de vie ») ou encore le paradoxe de 2015, année qui a vu baisser l’espérance de vie dans plusieurs pays européens. À eux seuls, ils suffiraient à justifier le titre, L’espérance de vie, un concept pas si simple, et à vous inviter à y regarder de plus près. L’espérance de vie a bien sûr inspiré beaucoup d’autres articles. Par exemple, sur le même sujet, François Sauvageot a publié sur ce site (dans la rubrique Café des maths) un article, très différent, titré Espérance de vie.

Nous ne parlons généralement pas dans cette rubrique d’Au fil des maths, qui intéresse essentiellement les enseignant⋅es de mathématiques. Nous ferons ce mois-ci une exception : l’APMEP, l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public, qui regroupe des enseignant⋅es de la maternelle à l’université, annonçait mi-novembre la sortie du premier numéro hors série de son bulletin, Spécial Premier Degré. Ce n’est pas un hasard si ce premier hors série est consacré à l’enseignement des Mathématiques dans les premières années de la scolarité, c’est à la fois une priorité de longue date de l’association et une des priorités du ministère. De très nombreux articles sur la question sont parus dans le bulletin vert au fil du temps (le premier numéro remonte à 1910 !), de très nombreuses brochures également (Elem-math, Jeux-École, JEUX-Écollège 4, etc.) mais aucune publication n’était consacrée en totalité à l’enseignement primaire. Le choix a été finalement de créer un « événement » avec un numéro hors série du bulletin (récemment rénové), librement accessible pour tout le monde (il est entièrement téléchargeable). Le public ciblé est clairement celui des enseignant⋅es mais des articles comme Mathématiques contées, de Marie Lhuissier, Géométrie de bout de ficelle, de Bernard Parzysz ou Le jeu du manchon, de Thérèse Escoffet et Christine Oudin intéresseront certainement un public plus large.

Des livres pour Noël...

Nous nous sommes efforcé⋅es de signaler tous les mois les parutions les plus marquantes en étant conscient⋅es que le manque d’exhaustivité était probablement très injuste pour certains auteurs ! D’autre part divers périodiques (Pour la Science, La Recherche, Science et Avenir, Tangente...)
fournissent régulièrement une rubrique Livres ou des recensions détaillées. Pour vos cadeaux de Noël, le choix est vaste et les sujets mathématiques ne sont pas les seuls possibles.

C’est aussi la période où il faut penser au renouvellement des calendriers. Bien que nous en ayons déjà parlé, les calendriers mathématiques avec de belles énigmes à résoudre tous les jours pour les fans ne sont pas si nombreux ! Justement, pour 2022, Ana Rechtman Bulajich nous en propose un qui nous rappelle que les maths, c’est une aventure humaine ! Et comme les problèmes proposés chaque année sont nouveaux, chaque édition est collector !

Arts et Maths

Infos Dijon relaie l’annonce de l’exposition POP ! Prototype Objet Particulier organisée par l’université de Bourgogne à l’atheneum de Dijon. Le vernissage a eu lieu le 19 novembre dernier, mais l’exposition est à voir jusqu’au 11 février prochain. Une bande annonce est à visionner sur la page Facebook de la Mission Culture Scientifique de l’université, ici. Il semble que les « prototypes mis au point et conçus dans les universités de Bourgogne et de Franche-Comté durant ces 50 dernières années » intéressent les extra-terrestres.

Pour finir

Nous finissons par une jolie note, avec le post de Claire Lommé dans L’Expresso du Café Pédagogique, qui parle du métier de prof de maths, au détour d’un projet sur les nombres de Fibonacci.

« C’est l’école d’aujourd’hui, pour la société de demain. Nos mathématiques portent elles aussi un message, un message construit avec rigueur, chargé d’une longue histoire, dans une perspective d’avenir, avec lucidité. »

Post-scriptum :

Article édité par Anouk Nicolopoulos et René Cori.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse novembre 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Crédits image :

Image à la une - Jardin de l’université de Kyoto ombragé par un tapis de Sierpinski.
Photo de Clément Moreau, droits réservés.
img_25348 - Mission Culture Scientifique - Atheneum
La médaille Fields - Domaine public
img_25314 - Fichier généré à l’aide de img_25315 - SMF
img_25316 - G.emmerich, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Dune de sable au Maroc - Wikimedia Commons
Kigali - Wikimedia Commons
Graphique issu du site Our World In Data - https://ourworldindata.org/covid-cases
Une pascaline du musée des arts et métiers - Wikipédia
Portrait d’Ada Byron enfant (1822) - Wikipédia ; Alfred, Comte d’Orsay. Numérisation : Somerville College, Oxford
Un poster de l’exposition Sophie Germain - Institut Fourier, UMR 5582 CNRS-UGA
Des savants dans une bibliothèque abasside - Wikipédia ; Yahya al-Wasiti in Maqamat al-Hariri
Maëva Garnier et Agnès Piquard-Kipffer - CNRS
Les joueurs de cartes d’Honoré Daumier - Wikipédia
La théorie des catégories, un pont entre disciplines - Wikipédia ; Mutichou, 2010 ; https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Mutichou
L’espérance de vie, un concept pas si simple - Old Woman Dozing par Nicolas Maes (1656) Wikipédia
Calendrier mathématique 2022 (PUG) - PUG, octobre 2021
Les membres de l’Académie Royale des Sciences en 1667 - Wikipédia

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse novembre 2021

    le 2 décembre 2021 à 23:21, par Karen Brandin

    https://www.instruire.fr/actualites/entre-etat-des-lieux-et-etat-durgence.html

    Répondre à ce message
  • Revue de presse novembre 2021

    le 3 décembre 2021 à 08:27, par Karen Brandin

    ps : Suite à la publication de la tribune « Enseignement des mathématiques : entre état des lieux et état d’urgence » ( https://www.instruire.fr/actualites...) sur, notamment, le site https://www.instruire.fr/ mais aussi largement relayé sur le site
    https://megamaths.fr/index.html avec un accueil chaleureux et réconfortant, j’avais contacté dans les tous premiers jours de Novembre, la SMF, le directeur de l’APMEP (Sébastien Planchenault que je remercie pour l’échange) ainsi que Cécric Villani qui n’a pas donné suite à ce jour à un courrier daté du 04 Novembre 2021, courrier qui pourrait s’étoffer et évoluer éventuellement en lettre ouverte. J’en appelle une nouvelle fois à une mobilisation générale et solidaire de l’ensemble des acteurs de l’enseignement d’une discipline qui agonise et dont on dégoûte doucement mais sûrement les lycéens, pour ne citer qu’eux. En voici une copie remise en forme :

    Cher Cédric Villani,

    Il y a quelques années (à l’époque du film : « Comment j’ai détesté les maths », un titre prédestiné sans doute puisque c’est ce qui nous menace désormais), j’avais eu l’occasion d’échanger avec vous par mail. Vous étiez dans « votre première vie » si l’on peut dire ; celle que je comprenais mieux sans doute, celle loin de la politique en tous cas. Nous avons tous gardé en mémoire quel ambassadeur des mathématiques passionné et passionnant vous étiez alors et nous avions un espoir ravivé, presque enfantin, que cette discipline trouverait, grâce à vous notamment, toute sa place dans l’éducation, retrouverait en réalité un rayonnement terni, en particulier dans le cadre du lycée puisque tout commence là : la confiance, les vocations, le goût du doute que l’on découvre et avec lui l’émergence de la pensée critique. C’est à dire bien avant le monde plus feutré et naturellement élitiste de la recherche.

    Depuis lors, nous avons malheureusement essuyé de bien lourdes désillusions avec la réforme Blanquer qui a littéralement détruit la possibilité d’enseigner dignement cette discipline dans le cadre du secondaire. Une discipline désormais optionnelle, est-il utile de le rappeler ?

    « Comment je vais finir par détester les maths ? », ce n’est pas encore une question qui s’impose à moi mais détester la manière dont on les transmets, dont je suis contrainte de les transmettre, assurément : à savoir dans une urgence qui est incompatible avec la notion même d’éthique pourtant au coeur de ce métier, comme de tant d’autres.

    Je vous demande donc de prendre en compte ce cri d’alarme et d’alerte ; c’est tout à la fois un appel confraternel au mathématicien doublé d’un appel politique au député que j’imagine très impliqué dans une opposition ferme et sans concession à la prolongation du pass dit « sanitaire. »

    Je crois savoir que l’APMEP projette de saisir les parlementaires autour des difficultés que génère et amplifie cette réforme absurde (notamment, cette échéance intenable de l’épreuve de spécialité prévue au mois de Mars). Je me permets donc de vous demander de considérer très sérieusement les requêtes qui seront exprimées à cette occasion. Vous devez être pour le corps enseignant en mathématiques, et ce d’où qu’il vienne, un interlocuteur privilégié et fiable.

    Aidez-nous à mettre fin à ces situations ubuesques, qui pourraient être risibles si elles n’étaient pas dramatiques, où des élèves qui arrêtent les maths en seconde sont néanmoins autorisés en terminale à suivre l’option « maths complémentaires » (si mal nommée car le programme est très ambitieux, ce que les élèves n’anticipent pas et assimilent à une trahison comme ils disent). Il s’agit, dans ces cas qui se multiplient, d’élèves qui ont choisi cet enseignement par opportunisme car cela semble valoriser leur dossier, un dossier falsifié, n’ayons pas peur des mots, qu’il s’agisse de cette imposture ou de celles des maths dites « expertes » avec des programmes traités au tiers parfois, des notes ajustées. Ils se retrouvent alors à aborder comme j’ai pu le constater lors des vacances de Toussaint le chapitre des primitives quand ils n’ont jamais entendu parler de dérivées (une notion présentée en première). Quant à la continuité ...

    On ne demande rien de démesuré ou d’impossible ; nous souhaitons simplement pouvoir transmettre aux jeunes générations dans un temps et des conditions acceptables ce que l’on a reçu. Au moins cela. C’est un devoir. Vous avez de votre côté bénéficié d’interlocuteurs de qualité, de professeurs investis et curieux lors de votre scolarité qui, avec la géométrie du triangle pour ne citer qu’elle, ont su vous émerveiller. Vous l’avez souvent évoqué. Ces conditions optimales d’apprentissage doivent être préservées, défendues.

    Nous connaissons votre admiration pour les travaux et la personnalité engagée d’Henri Poincaré. On ne peut que le rejoindre lorsqu’il disait : « On fait de la Science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison. »

    Nous sommes en train de trahir cette pensée tout simplement ; les programmes de première et de terminale ne sont plus qu’une accumulation de chapitres parcourus sans cohérence souvent, avec une unique obsession : « être dans les temps quoi qu’il en coûte » et ce n’est pas acceptable.

    En vous remerciant par avance de votre attention.

    Bien Sincèrement

    Karen Brandin
    Enseignante
    Docteur en Théorie Algébrique des Nombres

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