18 septembre 2015

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  • Vibrations mathématiques

    le 18 septembre 2015 à 20:04, par Thomas Sauvaget

    Bonjour, vous évoquez plusieurs choses dans ce texte un brin désabusé, notamment (a) la question du « comment faire aimer les mathématiques et faire en sorte au moins que la majorité des jeunes y trouve du plaisir » , et (b) « quels sont les sujets qui nous font vibrer et que nous avons plaisir à enseigner ? »

    En ce qui concerne le (a), je pense que ça ne sera jamais le cas. Mais curieusement je trouve matière à être optimiste dans les nouveaux programmes sortis aujourd’hui qui montrent que des rudiments de programmation informatique sous un angle ludique vont être enseignés en cours de maths : je pense que cela va être un bon moyen d’intéresser les élèves (imaginez donc, concrètement faire soi-même une petit jeu type ping-pong en cours), oui mais ceci a un lien fort avec les maths traditionnelles (analogie entre une démonstration correcte et un programme qui compile et produit le résultat attendu, et impact sur la nécessité d’être organisé dans son raisonnement). Cela peut provoquer des déclics plus facilement. Par ailleurs, une anecdote pour appuyer le fait que l’on peut être intelligent et ne pas aimer les maths : j’ai récemment eu une conversation avec une médecin anesthésiste qui voulait savoir qui est le patient qu’elle était sur le point d’endormir, et en apprenant que j’avais fait des études de maths a eu la réaction typique « -oh moi, les maths et les stats, j’en ai fait pendant mes études de médecine mais je n’ai jamais rien compris, j’ai appris par coeur et eu des notes moyennes ». Je l’ai rassurée « -on aime ou on aime, c’est pas grave » et je me suis dit intérieurement « -tout ce que je demande, c’est que l’anesthésie soit réussie ! », ce qui fût le cas.

    En ce qui concerne le (b), je ne suis d’aucune utilité, mais c’est une question intéressante. Il y a des choses très jolies du côté du principe d’inclusion-exclusion et de ses applications aux nombres premiers.

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    • Ludique ne veut pas dire sans effort

      le 24 septembre 2015 à 14:59, par Christian Mercat

      Merci pour cet article.

      Je suis partisan du ludique à l’école, s’ennuyer c’est peut-être bien si on a devant les yeux une iconographie qui permet de se poser de belles questions, mais aujourd’hui les salles de classes ne sont pas richement ornées. Et s’amuser en apprenant, avec l’enseignant et la classe, me parait quand-même plus efficace.

      Mais ludique ne veut pas dire sans effort. Il faut voir les efforts que les jeunes mettent à passer au niveau supérieur de Mortal Mario Craft pour comprendre que ludique ne veut pas dire facile mais implique d’être engageant, attrayant, motivant. C’est sûr que rivaliser avec Nintendo met la barre assez haut, il faut beaucoup d’imagination aux enseignants pour trouver des problèmes motivants et les présenter de manière convaincante...

      Il y a quand-même aussi dans l’aspect ludique la gratuité de l’engagement, et notre système d’évaluation fait peser une chape de suspicion sur toute activité, qui éteint la motivation : s’il n’y a ni le bâton ni la carotte de la note, les élèves, leurs parents, les collègues, sous-estiment rapidement l’intérêt d’un dispositif. Les meilleures idées ne passeront pas facilement tant que le système d’évaluation ne sera pas pacifié. Pour qui, pourquoi évaluons-nous les élèves ?

      La métaphore de la vibration me parait pertinente, déjà pour le violon et la musique de manière générale, dans l’exercice de laquelle une famille accepte de grands sacrifices pour cultiver une passion. Il en est de même dans le sport, mais exercer sa passion dans le cadre des mathématiques parait complètement incongru, et rares sont les clubs de math qui permettent à ceux que ça fait vibrer de se syntoniser avec d’autres partageant ce goût.

      Il est cependant des espaces où cette vibration peut naître. Les clubs d’informatique en étaient du temps de ma jeunesse, il y a maintenant les fablabs et autres laboratoires ouverts, où on ne va pas bien loin sans mathématiques. Pour s’en tenir strictement à elles, je conseille à tous de participer, en tant que chercheur, enseignant ou parent d’élève, aux ateliers Math.en.Jeans qui sont des dispositifs d’initiation à la recherche mathématique par la recherche, au cours de l’année, sur un sujet ouvert, à leur portée dans lequel ils peuvent rentrer. Lors du congrès annuel, voir ces centaines d’élèves ultra-motivés qui se sont donnés du mal mais aussi du plaisir et qui vous attrapent par la manche pour vous faire comprendre leurs résultats de recherche sur les permutations, les tas de sable ou le comptage des marmottes, c’est une expérience qui vous motive en tant qu’enseignant et formateur d’enseignants pour l’année entière !

      Il est certain que, rentré dans son université, composer avec les moyens de formation continue dont on dispose, relativement richement ici (chez nous à Lyon), pauvrement ailleurs, et de sentir la boussole budgétaire sous-jacente à de nombreux discours, comme une épée de Damoclès derrière chaque « bonne idée », ça demande de se replonger dans l’atmosphère d’un congrès Math.en.Jeans pour se dire que oui, malgré tout, nous pouvons parfois réussir à transmettre notre vibration...

      Christian Mercat, IREM de Lyon, vice-président de l’Assemblée des Directeurs d’IREM.

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