18 février 2017

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  • Hommage bref à Rudolf Bkouche :

    le 5 mars 2017 à 09:42, par Michel Delord

    Jean-Yves Degos me fait, à juste titre, des remarques et notamment à propos de l’utilisation de l’expression « perte de sens ».
    MD

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    Salut Michel,
    J’ai lu ton (très) court article sur Images des mathématiques évoquant Rudolf parlant de Buisson. Tu écris :

    Dans la majorité des cas, « donner du sens » à une question théorique revient à en donner des exemples pratiques ou concrets, c’est-à-dire revient à prétendre que le sens vient toujours de la pratique : or ceci n’a rien de vrai en général puisque le progrès dans la compréhension peut provenir au contraire d’une perte de sens comme le montre l’exemple du passage du calcul numérique au calcul algébrique.

    Et là il faut rappeler qu’en sciences, ce qui est vrai, ce n’est pas ce qui a du sens, c’est ce qui est évident, comme René Guitart le précise dans « Évidence et étrangeté » [1]. Et comme écrit encore celui-ci cette fois dans la « Pulsation mathématiques » : «  le retrait du sens l’approfondit  » [2]. Mieux vaut donc parler, à propos de sens, de retrait, d’éloignement, que de perte… à mon sens. C’est-à-dire que 2+2=4 est toujours exact, quel que soit l’endroit où « vivent » 2 et 4. La vraie question, c’est : est-ce que 0, 1, et 2 sont bien deux à deux distincts ? Autre exemple : lorsqu’on enseigne la résolution des systèmes de Cramer sur un corps commutatif quelconque, c’est pour bien faire comprendre que les formules de résolution n’ont rien à voir avec le fait que dans R les suites de Cauchy convergent.
    Puis tu écris :

    Il est effectivement indispensable d’avoir en permanence à l’esprit un certain nombre d’axes méthodologiques mais il est sûrement illusoire de penser pouvoir définir en détail des protocoles décrivant l’acte d’apprendre. Et il est d’autant plus dangereux d’en faire un système que son contenu est pensé indépendamment de la discipline concernée, comme – pour reprendre un exemple que Rudolf employait fréquemment – lorsqu’on présente les difficultés de la discipline à enseigner comme « difficultés des élèves ».

    On pourrait citer Rudolf dans le texte :

    « (...) c’est une peur de la pensée qui conduit à vouloir définir a priori les conditions de la pensée. » [3]

    Amitiés et bonne soirée,
    Jean-Yves
    [1] «  Il y a du double sens, il y a du sens inter-dit, il y a du sens aussi. Le sens rassure la certitude. C’est sa fonction, il est auxiliaire. Ce que l’on avale sans discussion, ce n’est parce que ça a du sens ou du sens commun que la raison heurte toujours, c’est parce que c’est évident. Et l’évidence, l’est toujours hors-sens ».

    René Guitart, Évidence et étrangeté, Mathématique, Psychanalyse, Descartes et Freud, Collège International de Philosophie, PUF, Octobre 2000, III, 19/Le sens, page 176

    [2] René Guitart, La pulsation mathématique : rigueur et ambiguïté, la nature de l’activité mathématique, ce dont il s’agit d’instruire , Edition de le Harmattan, Paris, 2000, p. 129.

    [3] Rudolf Bkouche, De la culture scientifique, Clés à venir, Editions CRDP de Lorraine, n°15, novembre 1997

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