18 mars 2018

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  • L’enseignement des mathématiques

    le 19 mars 2018 à 00:33, par gtort

    Tout à fait d’accord avec avec ce qui est dit dans l’article et plus généralement sur ce site splendide.
    Depuis quelques années je m’occupe de la formation version maths des candidats au professorat des écoles ( académie de Versailles), après avoir sévi dans la filière des lycées professionnels désormais épuisée par siphonnage par les universités.
    Un monde extraordinaire, mélange de non sens mathématique et de finesse humaine. Il y a du travail en amont pour en arriver là. Le travail en aval n’en est pas forcément plus simple. L’algèbre manque mais aussi le nombre : l’arithmétique en particulier. La confusion entre les deux opérations élémentaires est du même ordre que celle entre les deux auxiliaires en français.
    Exemple amusant et récent dont l’énoncé a été récupéré peut être sur ce site ou bien ailleurs :
    « une marchande de crêpes va au marché. Elle vend les 3/5 de sa production le matin et, l’après midi, le quart de ce qui lui reste. Le matin elle vend 200 crêpes de plus que l’après midi. Combien de crêpes avait-elle le matin ? »
    Au départ ce qui compte c’est le résultat : 300 ! 345 ! 400 ! 500 ! Le pourquoi, le comment n’a aucun intérêt. Certains s’y essaient : « mais si ! il y a des x et comme.... ».
    A la fin, je sors des petits bouts de papiers et mime la situation :

    • trois à gauche et deux à droite : la situation du matin
    • je ne veux pas découper mes précieux papiers. J’en rajoute donc une couche.
    • maintenant j’en ai : 2 fois trois à gauche, 2 fois deux à droite. Même rapport et 10 bouts de papier en tout et de plus j’en ai 4 à droite.....
    • un bout à droite matérialise la vente de l’après midi, j’associe un bout d’un côté et un de l’autre.
    • il reste à gauche 1 fois trois plus 2 bouts, ce qui fait 5 bouts pour 200 crêpes. - un bout de papier, c’est 40 crêpes donc 10 bouts de papiers 400 crêpes,
    • conclusion : la marchande arrive avec 400 crêpes le matin.
      Une étudiante vient essayer de raconter l’histoire : l’oralisation n’est pas aisée. Le métier se construit là.... Entre l’artisan et l’artiste.
      Que de questions en salle !!! les bouts de papier changeant de valeurs durant l’expérience ont semé le trouble.
      Une semaine après beaucoup semblaient avoir compris le dispositif...... Je ne garantis rien. Les méthodes explicites ne le sont que pour ceux qui les préconisent. Les étudiants regardaient les cartons comme si c’étaient des « x » et bien sûr si un « x » change de valeur en cours de route, cela sème le doute.

    Quelques remarques d’humeur :
    1. Après avoir détruit l’image des maths comme instrument aveugle de sélection.
    2. Après avoir réduit l’image du professeur à un être rétrograde, inhumain et inadapté socialement.
    3. Après avoir refusé à ces êtres incultes et fainéants, une quelconque renégociation de leur(s) statut(s) lors du passage au 35h tout en sachant que la grille salariale des professeurs était la plus faible des grilles de la fonction publique.
    4. Après avoir nié la capacité d’apprentissage des enfants, substantiellement incontinents, scolarisés à la maternelle.

    Qui ose se plaindre d’un manque d’enseignants en France ?
    Doit-on parler des élites ?

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  • L’enseignement des mathématiques

    le 19 mars 2018 à 06:57, par orion8

    « La situation a commencé à se dégrader il y a presque trente ans, quand des politiques zélés, pensant sans doute bien faire, ont dénoncé ce qu’ils qualifiaient de « domination des maths, leur côté matière de sélection... » Le plus désolant est que ceci, bâti souvent sur une méconnaissance de la discipline »

    Tout le problème est là... Pour « punir » les maths, « ils » ont allégé le programme de S, réforme après réforme, rendant -paradoxalement- cette section plus attirante pour les bons élèves pas spécialement scientifiques. Et on arrive à des classes de S qui sont plus littéraires que les classes de L ! Et à des classes de L qui ne font plus un gramme de maths, comme si les S ne faisaient plus de français...

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  • L’enseignement des mathématiques

    le 19 mars 2018 à 11:01, par Geoffrey Letellier

    « Création (à l’université) d’un parcours spécial « Professorat des écoles » sanctionné au bout de trois ans par une Licence. Les étudiants y accéderaient dès la première année pour suivre une formation portant sur ce qu’ils auraient à enseigner à l’école primaire avec une prédominance en français et en mathématiques. »

    Ayant donné des cours particuliers à une étudiante passant son CRPE en étant passé par des filières littéraires, l’existence d’une telle licence me paraît une telle évidence, que je ne comprend pas comment elle peut ne pas exister aujourd’hui (et même être prédominante chez les aspirants au métier de professeur des écoles).

    Concrètement, cette étudiante était pleine de bonnes volontés, mais elle a eu de grandes difficultés en mathématiques tout le collège, puis via son bac L, ses études littéraires (pour la validation d’une Licence) : 5 ans sans faire de mathématiques !

    Et encore, elle n’avait pas redoublé plusieurs années de licence, ni connu de réorientation en cours de route, ce qui peut énormément augmenter ce temps sans avoir à pratiquer un fondamental qu’il lui faudrait enseigner ensuite.

    En autant de temps, les automatismes, même les plus simples, sont perdus. Il fallait revoir comment résoudre une équation aussi simple que « x - 1 = 0 ». Il fallait aussi lui faire redécouvrir que certains nombres sont irrationnels (et ce ne sont que des exemples).

    Son cas, loin d’être isolé, rend des élèves qui abandonnent aujourd’hui les maths avant même l’entrée au collège, à cause d’un enseignant de primaire n’ayant pas pu transmettre un savoir qui était un peu là, mais posé sur des bases bien trop friables.

    Je n’imagine pas non plus forcer les futurs enseignants du primaire à avoir des connaissances de mathématiques trop élevées, mais il s’agit juste de leur faire garder (au moins un peu) les mathématiques dans leur cursus, qu’ils ne disparaissent plus entre leurs 16 ans et leur entrée en Master.

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  • L’enseignement des mathématiques

    le 19 mars 2018 à 16:40, par John

    Une impression personnelle sur la question du rôle des mathématiques comme outil de sélection : je crois qu’en trente ans, et même en soixante ans, ce qui est fondamental n’a pas vraiment changé.

    Les mathématiques restent un outil central de sélection. Bien sûr les programmes de lycée sont allégés et ont évolué avec l’introduction très progressive de ce qui concerne l’informatique.

    Mais regardez la hiérarchie des rémunérations à la sortie de l’enseignement supérieur, et sa corrélation avec le niveau en mathématiques des formations (et donc de la sélection qui va avec). Là très peu de choses ont changé. Certes, aujourd’hui comme hier, on peut « réussir » avec peu de mathématiques, mais c’est toujours aussi difficile me semble-t-il. Alors qu’un très bon élève en mathématiques a peu de souci à se faire, il aura une grande liberté de choix dans son parcours, et une certaine assurance de « réussite » professionnelle.

    Et je ne vois pas de signes de changement là dessus (est-ce que ça peut/doit changer ?). Ces faits me paraissent déterminants pour le statut et le devenir de cette discipline, mais aussi pour les difficultés qu’elle connaît.

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