3 janvier 2010

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  • Plafond de verre

    le 3 janvier 2010 à 21:39, par Carole Gaboriau

    RÉPONSE DE MICHELLE SCHATZMAN POSTÉ PAR C. GABORIAU

    C’est volontairement que je n’ai pas cité le nom de ce grand mathématicien, parce que mon propos n’était pas de le clouer au pilori.

    Je connaissais d’autres milieux scientifiques que j’avais observés de près, et où le tutoiement généralisé régnait. J’ai donc demandé à des collègues de m’aider à comprendre ce non tutoiement. Ils m’ont donné le même argument que vous : pour cet homme, cela ne se faisait pas de tutoyer les femmes.

    Soit.

    Il se trouve qu’on peut vouvoyer et s’en expliquer, ce qui n’empêche pas d’être cordial et ouvert. Ainsi, je ne tutoie pas mes étudiants en thèse, et je m’en explique ainsi : sachant que toute thèse comporte des moments conflictuels, il vaut mieux garder ses distances. Mais le tutoiement commence dès la thèse soutenue.

    La plupart de ses élèves masculins trouvait ce mathématicien cordial et ouvert avec eux. Par contre, ses élèves féminines ne partageaient pas cette opinion.

    Ceci étant, il y a un monde entre tutoyer une jeune collègue dans un contexte purement professionnel et inviter une femme en tête à tête au restaurant, même si c’est professionnel. Déjà, en 1915, David Hilbert avait soutenu la candidature d’Emmy Noether à un poste de Privatdozent en déclarant que l’Université de Göttingen n’était pas un établissement de bains.

    C’est bien parce qu’il y a une dimension de vécu que les statistiques ne prouvent rien, et je l’ai d’ailleurs écrit dans mon billet. C’est à dessein que j’avais choisi des chiffres difficiles à interpréter ! Pour que les statistiques prouvent quelque chose, il faut un modèle de ce qui se passe, et ce n’est qu’à ce prix que l’information statistique peut dire si un modèle est compatible avec l’observation ou pas.

    Je vais donc proposer deux modèles pour expliquer la répartition des genres chez les mathématiciens professionnels.

    Modèle 1. Il y a une différence entre distribution du talent mathématique chez les Messieurs et chez les Dames. La moyenne est à peu près la même, mais la queue de distribution des grands talents est plus mince chez les Dames que chez les Messieurs. Par conséquent, il est normal que la proportion de femmes décroisse fortement au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie, et c’est un effet naturel qu’on observe, voilà tout.

    Modèle 2. Il n’y a pas de différence de distribution du talent mathématique entre les Messieurs et les Dames, mais il y a de forts effets psychosociaux, qui perturbent les choix de carrière des jeunes filles et des jeunes femmes.

    Je penche pour le modèle 2, pour les raisons suivantes : si le modèle 1 était le bon, alors il devrait se perpétuer dans le temps, et donc il ne peut rendre compte de l’élévation de la proportion de mathématicienne au cours du temps. D’autre part, des études scientifiques ont mis en évidence le phénomène psychosocial de la manière suivante : on propose des test à des élèves des deux sexes de sixième et de cinquième. Si on dit que ce sont des tests de géométrie, la performance des garçons dépasse celle des filles. Si on dit que ce sont des tests de dessin, la performance des filles dépasse celle des garçons.

    Je parlerai de filles, d’algèbre et d’équations aux dérivées partielles une autre fois - c’est promis !

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