3 janvier 2010

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  • Recrutement et plafond de verre

    le 4 janvier 2010 à 14:25, par Michelle Schatzman

    A mon avis, c’est un seul et même problème : pour attirer des jeunes femmes vers la profession mathématique, il faut leur donner l’espoir qu’elles seront reconnues conformément à leur valeur.

    Les obstacles à la reconnaissance des femmes en mathématiques ne relèvent pas du bizutage, parce que le pire des bizutages ne dure pas indéfiniment, les bizuts devenant inévitablement des anciens.

    Pour rejeter des explications spécifiques aux mathématiques, il faut argumenter. Ma vision des choses est que les différentes disciplines scientifiques forment des petites sociétés, avec leurs mœurs et leurs pratiques, transmises comme toutes les coutumes, par observation, répétition et rumination.

    Un des rites que j’ai observé chez les matheux purs, quand j’étais très jeune, consistait à trouver ce que font les autres complètement trivial, et à nier toute difficulté lors de ses propres apprentissages. Avec du recul, je me suis rendu compte que c’était une vantardise. Mais sur le moment, je ne le savais pas. Le but de cette vantardise est bien entendu d’intimider les autres, et d’afficher une position de mâle alpha - parce que je n’ai pas souvenir d’avoir vu des filles procéder de la même manière.

    Quelle importance ont ces parades rituelles ? Elles en seraient tout à fait dépourvues, à ceci près que l’apprentissage de la profession de mathématicien est souvent un moment de doute intérieur, quel que soit le sexe de la personne concernée.

    Les jeunes mathématiciennes ont toujours à gérer un double doute : le doute inhérent aux débuts dans une profession difficile et le doute relatif à leur place dans la société en tant que femme. En effet, la société attend des jeunes filles et jeunes femmes une certaine féminité, en partie arbitraire, et la profession de mathématicien est considérée (tout aussi arbitrairement) comme hautement non féminine.

    Il faut de la maturité pour considérer ces exigences comme absurde, et on en a rarement assez entre 16 et 22 ans, qui est l’âge du choix d’une profession chez la plupart des gens.

    Je reprends ma casquette de directeur de thèse : le seul moyen d’aider les jeunes femmes à surmonter leurs doutes, c’est d’attendre d’elles la même réussite que celle des garçons.

    Toute complaisance est désastreuse : je suis d’avis qu’on doit aimer ses doctorants, et les aimer, c’est être exigeant, parce qu’il n’y a rien de plus constructif que l’exigence qui pousse en avant.

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