3 janvier 2010

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  • mathématiques de femmes ?

    le 18 janvier 2010 à 19:08, par Michelle Schatzman

    J’aurais envie de dire d’abord qu’il y a une énorme diversité dans les modes de pensée mathématiques.

    J’ai dirigé dix-huit thèses, et j’ai discuté et collaboré avec beaucoup de matheux. Quand on communique bien entre matheux, on comprend la manière dont son interlocuteur pense. Et on se rend compte que tout le monde ne pense pas pareil - mais alors, vraiment pas pareil.

    Tenez, par exemple, moi, je pense avec du mouvement, je me représente les maths par des choses qui bougent. Je sors d’un très joli séminaire d’algèbre, donné par mon collègue de Lyon, Valentin Ovsienko, et je me suis aperçue que lui aussi, il pense avec du mouvement, bien qu’il fasse des maths tout à fait différentes des miennes. Il m’a confirmé que c’était bien le cas.

    Je connais des matheux qui sont auditifs et des matheux qui sont visuels. Je connais des matheux qui sont originaux, et dont je ne peux jamais prévoir l’approche qu’ils vont prendre, et j’en connais d’autres qui sont bien plus prévisibles.

    Il y a incontestablement une interaction entre affectivité et savoir, et je le signalais dans un billet précédent. Donc, comme l’affectivité des femmes n’est pas la même que celle des hommes, ce que nous savons tous, cette différence fait sûrement partie des différences de personnalité mathématique. Mais est-ce que pour autant le résultat peut être différent ? Caractérisable comme spécifique du féminin ? Mon expérience personnelle me dit que non : les différences entre personnalités mathématiques sont largement plus importantes que la différence sexuelle.

    Quant au concept de nature, j’ai une vraie dent contre lui, et je vous explique pourquoi : la civilisation, telle que nous la connaissons, est une lutte permanente contre la nature. Beaucoup de choses sont antinaturelles dans nos sociétés : se vêtir, se chauffer, cuire ses aliments, organiser la société avec des lois, des juges et des tribunaux, vivre vieux, sauver les femmes et leurs enfants au lieu de les laisser mourir lors d’un accouchement difficile. Je ne considère pas la nature comme quelque chose possédant une valeur particulière au niveau éthique, parce que je sais que l’aconit, la belladonne, les vipères et l’arsenic se trouvent dans la nature. Il n’y a rien de moins naturel que les maths - que ce soit pour les femmes ou les hommes.

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