9 mars 2010

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  • La bibliothèque de Babel

    le 9 mars 2010 à 13:06, par Aurélien Djament

    Certes les qualités littéraires d’un article scientifique sont assez secondaires (encore qu’un article bien écrit, y compris du strict point de vue linguistique, soit toujours plus appréciable qu’un article rédigé dans une langue indigente voire parfois incorrecte), est-ce pour autant que le langage, en mathématiques, se réduirait à un simple code où toute langue serait substituable à toute autre sans influencer les modes de pensée en quoi que ce soit ? Y aurait-il d’un côté la recherche dans les disciplines (littérature, philosophie...) où tout le monde s’accordera sans doute à reconnaître que la diversité linguistique est irremplaçable, et de l’autre de la recherche où le langage ne joue absolument aucun rôle, auquel cas il serait effectivement tout à fait judicieux de s’accorder une fois pour toutes sur un code international unique ? Même si on ne soutient pas complètement qu’« on ne pense que par le mot » (cela mériterait un vaste débat par ailleurs), peut-on nier le rôle structurant du langage dans toute forme de pensée humaine, y compris scientifique ?

    Certes, la traduction scientifique coûte cher. Est-ce une raison pour l’écarter ? Aux yeux de nombreux décideurs, la recherche fondamentale coûte aussi beaucoup trop cher pour une activité qui ne rapporte aucun bénéfice à court ou moyen terme aux actionnaires du CAC 40...

    Quant aux conférences internationales, elles pourraient très bien avoir plusieurs langues officielles, disposer dans certains cas de traductions (par exemple, au moins vers l’anglais pour les exposés dans une autre langue : si tout le monde est censé comprendre cette langue-là, cela ne devrait pas être si difficile à réaliser...) ; quoi qu’il en soit, même si on ne peut pas tout traduire directement de n’importe quelle langue A à n’importe quelle langue B, ce n’est pas une raison pour ne pas le faire autant que possible. Que tous les mathématiciens disposent de rudiments d’anglais pour comprendre les articles qui ne seraient pas écrits dans une autre langue qu’ils comprennent ou des exposés de conférence, pourquoi pas, de là à imposer l’anglais comme langue unique pour tous les travaux de la discipline, il y a un pas qu’il est à mon avis dangereux de franchir.

    Bien cordialement,

    A.D.

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