26 septembre 2010

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  • Quelques questions de nature statistique liées au débat sur le climat

    le 29 septembre 2010 à 01:28, par Paul Deheuvels

    Je tiens à rester courtois avec mes interlocuteurs, même si ce souci semble ne pas être réciproque. Je renvoie ceux-ci à mes propos écrits. Ils se résument à constater que les climatologues devraient se soucier davantage de la validation de leurs modèles, et qu’il conviendrait qu’ils fassent preuve de modestie dans leurs affirmations, un peu trop souvent péremptoires. Au passage, je voudrais insister sur le fait que mes connaissances de mathématiques, et, accessoirement, de physique, me permettent de lire sans difficulté les articles de climatologie. De ce fait, je n’accepte pas que certains croient pouvoir récuser ma compétence à ce sujet. Certes, je ne les ai pas tous étudiés non plus, mais il n’y a pas non plus nécessité de tout lire pour comprendre un peu. L’un de mes contradicteurs écrit qu’il « a vu rouge » en me lisant. Ceci me fait penser aux années 1960, où certains vous disaient qu’il n’était pas admissible de critiquer Marx sans avoir lu l’intégralité du Capital. Il suffisait pourtant d’un court voyage au-delà du Rideau de Fer pour saisir les conséquences que pouvaient avoir certaines théories philosophiques. Ce commentaire n’est absolument pas hors de propos, et je récuse totalement ceux qui me traitent d’incompétent sous le seul prétexte que je ne fais pas partie de leur chapelle. Je reviens sur l’un des points qui me semble essentiel, à savoir, celui des variations relatives de température, lors de « l’optimum médiéval » et du « petit âge glaciaire ». En effet, de deux choses l’une : ou bien il a « fait plus chaud » en l’an 1200 qu’aujourd’hui, ou non. Si la première hypothèse est vraie, alors c’est extrêmement ennuyeux pour ceux qui cultivent la thèse d’un réchauffement du climat d’origine humaine. En effet, il faudrait savoir pourquoi le réchauffement du moyen âge aurait pu avoir lieu sans émissions massives de CO2 d’origine fossile, et comment se ferait-il qu’une telle élévation de température aurait pu se produire sans catastrophe maritime ou autre. Les chroniques montrent que la période de « l’optimum médiéval » a été économiquement plutôt prospère, contrairement à celle du « petit âge glaciaire » qui a suivi. Il se trouve que les courbes de températures données par le GIEC de 1990 penchent vers la première hypothèse. Si, par contre, le réchauffement médiéval est très faible, alors, cette objection tombe, sans toutefois éliminer totalement le problème de savoir quelles sont les mécanismes qui ont pu créer les fluctuations correspondantes. Pour asseoir cette deuxième hypothèse, Mann et al. (1998) ont présenté leur « courbe en crosse de hockey » qui gomme les fluctuations de « l’optimum médiéval » et du « petit âge glaciaire ». Leurs observations ont été instrumentalisées par les trois rapports du GIEC qui ont suivi, avant qu’on établisse formellement que la « courbe en crosse de hockey » était fausse, à cause d’un artefact statistique. Ceci étant, il conviendrait encore d’évaluer correctement l’ampleur des fluctuations de température de « l’optimum médiéval » et du « petit âge glaciaire » par rapport à la moyenne, afin d’apprécier si, oui ou non, l’élévation contemporaine des températures est bien « sans précédent ». Ce que je dis est que cela me semble très difficile de trancher le débat dans un sens ou dans un autre, tant les méthodes de reconstruction des températures anciennes sont imprécises. On compare des températures connues avec une bonne précision de l’époque contemporaine avec des évaluations, par des modèles indirects, qui divergent parfois les unes des autres, des températures d’il y a près de 1000 ans. Aussi, quand j’entends dire que l’élévation de température actuelle est « sans précédent », j’ai tendance à croire qu’il s’agit d’une affirmation partisane dans un débat qui n’est pas encore véritablement tranché. Si on me jette à la figure un article scientifique qui l’affirme, cela ne prouve rien non plus, car il est assez facile d’en trouver d’autres qui disent le contraire. Le fait qu’il y ait plusieurs thèses qui sont affirmées à droite et à gauche n’est il donc pas suffisant pour rendre sceptique tout lecteur attentif ? Si le GIEC affirme en 1990 des vérités qui s’avèrent contredites vingt ans plus tard, cela n’incite-t-il pas à douter de ce que raconte le GIEC aujourd’hui ? On pourra voir ce qu’il en est dans vingt ans, et il conviendrait de ne pas se précipiter dans des interprétations trop hâtives des conclusions de tels rapports en les confrontant avec la réalité. Pour rester factuel, je jette en pâture à mes contradicteurs un article récent (2008) qui soutient la première thèse. J’observe que cet article affirme qu’il aurait fait (je mets ceci au conditionnel) 2° de plus (par rapport à aujourd’hui) lors de « l’optimum médiéval » et 2° de moins (par rapport à aujourd’hui) lors du « petit âge glaciaire ». J’insiste sur le fait que je ne prends pas parti pour l’une ou l’autre de ces thèses. Par contre, je crois que le doute est permis. En tout cas, il est inutile de m’insulter davantage pour mes opinions. Je ne répondrai pas, car je trouve cette discussion pénible, et je m’interdis de répondre directement aux « compliments » qui me sont faits. Dans tout dialogue, il convient que les interlocuteurs se respectent, et le respect n’est plus une valeur contemporaine. Pour ce qui me concerne, je tiens, au moins, à cultiver ce que les anglo-saxons nomment le « self-respect ». Je citerai, seulement, à ce sujet le Vicomte François de Chateaubriand qui disait que « En ces temps difficiles, il faut dispenser le mépris avec parcimonie tant sont nombreux les nécessiteux ». Voici la référence de 2008. Je suis convaincu que M. Parisse la connaît bien, puisqu’elle est récente. Vous pourrez apprécier la courbe qui est reproduite à la fin. Je conclus en insistant sur le fait que j’aborde ce débat avec humilité. Dans ma discipline, les mathématiques, il arrive tous les jours des nouveaus résultats qui relèguent les vôtres au rang de l’antiquité. Par contre, je pense qu’il faut toujours demeurer rigoureux, et je n’aime pas trop qu’on cherche à me faire prendre des vessies pour des lanternes.

    Reference
    Edwards, T.W.D., Birks, S.J., Luckman, B.H. and MacDonald, G.M. 2008. Climatic and hydrologic variability during the past millennium in the eastern Rocky Mountains and northern Great Plains of western Canada. Quaternary Research 70 : 188-197.
    Description
    The authors developed a cellulose δ13C dendrochronology from cross-dated 10-year increments of 16 sub-fossil snags and living-tree ring sequences of Englemann spruce trees from upper-alpine treeline sites near Athabasca Glacier and subfossil material from the forefield of Robson Glacier plus living and snag material of whitebark pines adjacent to Bennington Glacier, spanning the period AD 951-1990, as well as an oxygen isotope (δ18O) dendrochronology pertaining to the same time period, from pairs of which data they were able to calculate past changes in temperature over Canada’s Columbia Icefield in the general vicinity of 53°N, 118°W. This work produced, in their words, « evidence of previously unrecognized winter warmth during the Medieval Climate Anomaly ( AD 1100-1250), » as can be seen in the following figure.

    (Je n’arrive pas à coller l’image, mais elle est facilement disponible sur internet).

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