26 septembre 2010

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  • Quelques questions de nature statistique liées au débat sur le climat

    le 29 septembre 2010 à 11:32, par Sylvestre Huet

    Bonjour monsieur,

    je suppose que votre texte ne m’est pas particulièrement destiné. Si j’ai fait preuve d’ironie à votre égard, justifiée, je ne suis pas allé plus loin. Et je n’ai abordé aucun autre sujet que la climatologie comme science, je ne voyais pas ce qu’Al Gore venait faire dans un tel débat, je ne vois toujours pas ce que Karl Marx ou le rideau de fer viennent y faire. De deux choses l’une : soit il s’agit d’un débat scientifique et on doit le mener avec méthode et rigueur en s’interdisant des disgressions, soit il s’agit d’un affrontement politique et idéologique où tous les coups sont permis, je vous suggère de ne pas sombrer dans le deuxième terme de l’alternative.

    Si l’on s’en tient au premier terme, alors il faudrait que vous acceptiez de vous plier aux règles en vigueur dans les laboratoires, ce dont je ne doute pas un instant que vous fassiez dès lors qu’il s’agit de votre discipline.
    Parmi ces règles, il y a celle, cardinale, de la prise en compte de l’ensemble des résultats pertinents sur un sujet. Vous refusez de la suivre. Votre propos sur la paléoclimatologie doit s’appuyer sur la production scientifique totale ou avouer son incompétence. En termes un peu plus directs, désolé d’en arriver là, il s’agit d’avoir une bibliographie à jour et raisonnablement exhaustive, c’est une exigence minimale que vous ne respectez pas.
    Parmi ces règles, il y a celle, précise, consistant à ne pas attribuer à une mesure locale une valeur globale. Vous ne la suivez pas, l’article que vous citez porte sur une seule région, sa courbe ne peut donc pas être comparée aux tentatives de reconstitution d’une moyenne planétaire.

    Parmi ces règles, il y a un niveau de connaissance minimum requis. Vous avez montré que vous ignoriez certains des éléments basiques de la climatologie, comme l’existence de facteurs de variations d’ampleur supérieure à celle provoquée par l’intensification actuelle de l’effet de serre sur une durée annuelle ou décennale. L’argument que vous présentez par cette réponse suppose que vous ignorez un autre résultat très connu : les régions continentales et boréales montrent toujours une amplification importante de leurs variations climatiques relativement à celle de la moyenne planétaire, pilotée par les océans et les tropiques. C’est pourquoi il est imprudent de procéder à la comparaison que vous tentez. Cette connaissance est du niveau licence en sciences de la Terre. Elle est d’autant plus nécessaire à toute discussion sur les variations climatiques des dernières mille années, que c’est justement l’étude des extensions spatiales et temporelles de ces variations régionales qui constitue le sujet scientifique majeur, ce qui manifestement vous a échappé.

    La présentation que vous faites de la courbe paléoclimatique du rapport du Giec de 1990 montre surtout que vous ignorez qu’elle représente l’état de la paléo-climatologie pour les périodes historiques de l’époque, c’est à dire de très mauvaise qualité relativement à celle d’aujourd’hui. La ressortir aujourd’hui comme argument est un artifice de propagande, pas un respect d’une des règles élémentaires de la science : lorsqu’on dispose d’une mesure de meilleure qualité pour le même phénomène physique, on abandonne l’ancienne, de médiocre qualité.

    Cette règle est d’ailleurs appliquée par le Giec, et c’est pourquoi ses rapports ne disent pas toujours la même chose sur un même sujet, car ils suivent l’évolution de la science produite, laquelle évolue. Votre exigence de voir ses rapports ne pas varier est vraiment étrange : elle suppose qu’il n’y a ni progrès, ni réfutation en sciences.

    Enfin, il y a une règle dans un débat entre spécialistes, celle consistant à discuter sur les articles scientifiques parus dans les revues à comité de lecture. Or, vous le la suivez pas. Le graphique que vous avez reproduit n’est pas tiré de la publication scientifique parue dans Quaternary Research : « Climatic and hydrologic variability during the past millennium in the eastern Rocky Mountains and northern Great Plains of western Canada. » Signé Thomas W.D. Edwards et al.
    Cette publication est en accès libre ici : http://www.science.uwaterloo.ca/ twdedwar/reprints-pdf/2008-qr-rockies-trees-edwards-et-al.pdf

    Le graphique que vous présentez provient d’un site web militant (http://www.co2science.org/index.php) et non d’une revue scientifique normale à comité de lecture. Il a été réalisé en « adaptant » une des figures de l’article de Quaternary Research. Franchement, vous accepteriez qu’un de vos thésard utilise un site de ce type comme référence dans une publication ? La lecture de cet article, que vous n’avez manifestement pas faite ce qui est imprudent de votre part, vous aurait montré qu’il porte en grande partie sur la composante hydrologique et la circulation atmosphérique et non seulement sur les températures des variations climatiques étudiées. Sécheresse et abondance d’eau ont en effet influencé de manière forte le « marqueur » climatique étudié, les variations isotopiques de l’oxygène des cernes d’arbres.
    Voici l’abstract du papier :
    « Modelling of tree-ring δ13C and δ18O data from the Columbia Icefield area in the eastern Rocky Mountains of western Canada provides fuller understanding of climatic and hydrologic variability over the past 1000 yr in this region, based on reconstruction of changes in growth season atmospheric relative humidity (RHgrs), winter temperature (Twin) and the precipitation δ18O–Twin relation. The Little Ice Age ( AD 1530s–1890s) is marked by low RHgrs and Twin and a δ18O–Twin relation offset from that of the present, reflecting enhanced meridional circulation and persistent influence of Arctic air masses. Independent proxy hydrologic evidence suggests that snowmelt sustained relatively abundant streamflow at this time in rivers draining the eastern Rockies. In contrast, the early millennium was marked by higher RHgrs and Twin and a δ18O–Twin relation like that of the 20th century, consistent with pervasive influence of Pacific air masses because of strong zonal circulation. Especially mild conditions prevailed during the “Medieval Climate Anomaly” AD 1100–1250, corresponding with evidence for reduced discharge in rivers draining the eastern Rockies and extensive hydrological drought in neighbouring western USA. »

    Vous aurez remarqué que cet abstract, pas plus que l’article complet lui même, ne fait mention de températures globales et ne tire aucune conclusion à l’échelle de la planète. La manière dont vous l’avez présenté suggère de manière très forte et très persuasive que vous ne l’avez pas lu. C’est là une faute professionnelle. Je remarque qu’elle est assez répandue parmi les « climato-sceptiques ». Ainsi, dans ses articles parus dans EPSL en 2005 et 2007, Vincent Courtillot apportait la preuve involontaire qu’il n’avait pas lu les articles mis en référence puisque deux des courbes qui étaient censées en provenir (Temperature Globe de Jones et al, et Solar total irradiance de Solanki) provenaient en réalité d’autres articles (Briffa et al, et Tobiska et al) absents des références.

    Cordialement

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