30 novembre 2008

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  • Chomsky et le bon sens

    le 17 décembre 2008 à 21:46, par Michelle Schatzman

    Voici comment Charles Darwin explique qu’il faut noter tout ce qu’on observe (Manuel de l’Amirauté, 1849, page 163, accessible sur la page http://darwin-online.org.uk/content/frameset?viewtype=text&itemID=F325&pageseq=8) :

    [A naturalist] ought to acquire the habit of writing very copious notes, not all for publication, but as a guide for himself. He ought to remember Bacon’s aphorism, that Reading maketh a full man, conference a ready man, and writing an exact man ; and no follower of science has greater need of taking precautions to attain accuracy ; for the imagination is apt to run riot when dealing with masses of vast dimensions and with time during almost infinity.

    (Un naturaliste devrait prendre l’habitude d’écrire beaucoup de notes, non pas tant pour les publier, mais comme un guide personnel. Il devrait se rappeller l’aphorisme de Bacon « la lecture rend l’homme complet, le débat le rend prêt et l’écriture le rend précis », et aucun adepte de la science n’a plus besoin de prendre des précautions pour atteindre à la précision ; car son imagination pourrait se débonder en traitant de vastes masses et des temps presque infinis).

    Je tiens que Chomsky, dans ses interventions politiques, n’agit pas conformément à la règle que posait Darwin, comme garantie de l’esprit scientifique dans les sciences d’observation. Chomsky a une forte tendance à faire entrer toutes les observations dans son schéma politique, et on ne peut qu’avoir un sentiment de honte, quand on repense à a manière dont il a défendu Faurisson.

    Je renvoie à un texte connu de Pierre Vidal-Naquet sur le sujet :

    http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet81a/

    ainsi qu’à la défense que fait Bricmont de Chomsky dans un article du Monde Diplomatique :

    http://www.monde-diplomatique.fr/2001/04/BRICMONT/15109

    Rien n’est plus facile que de prendre connaissance des opinions de Noam Chomsky. Il suffit de lire son site officiel,

    http://www.chomsky.info/

    et chacun en tirera les conclusions qu’il voudra.

    A mon avis, la rhétorique de Chomsky en matière politique rassemble des arguments d’autorité, des énoncés factuels non référencés et une théorie ne tenant compte que des faits qui la confortent et non de ceux qui la contredisent. Je suis ici d’une opinion tout à fait contraire à celle de Viviane Baladi : Chomsky ne veut pas nous faire penser, il veut nous acquérir à ses opinions.

    Plus profondément, je pense que les opinions politiques doivent être séparées de la pratique scientifique. Je crois nécessaire d’accepter que X soit à la fois un excellent mathématicien, et que les opinions de X soient considérés comme détestables par 90% de nos concitoyens. Réciproquement, Y peut avoir oublié sa table de multiplication et formuler des théories politiques très éclairantes pour beaucoup de gens.

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    • Réaction à : Chomsky et le bon sens

      le 18 décembre 2008 à 23:03, par Viviane Baladi

      La brièveté de mon billet m’ayant conduite à quelques ellipses, je précise d’emblée que j’accepte que X soit un excellent mathématicien tout en ayant des opinions contraires à l’équité, à la justice, à l’humanité, etc. Le premier nom qui me vient à l’esprit est Oswald Teichmüller. Ses opinions politiques étaient d’ailleurs partagées à l’époque par une large fraction de ses concitoyens....

      Si je citais Marmande (« Chomsky se trompe souvent. Voir Voltaire, Sartre ou Foucault ; étudier avec tristesse ceux qui ne se trompent jamais. ») dans mon billet, c’est bien
      sûr entre autres parce que je pense que Chomsky s’est trompé en appliquant la défense de la liberté d’expression avec trop de rigueur lorsqu’il s’agissait de celle de Faurisson. L’article de Bricmont du Monde Diplomatique que cite Michelle Schatzman explique d’ailleurs fort bien
      cette histoire, et le Chapitre IV du passionnant Cahier de l’Herne 88 sur Chomsky (édité par Jean Bricmont et Julie Franck, Editions de l’Herne, 2007, Paris) contient plus de détails.

      J’aimerais ajouter que Chomsky défendait la liberté d’expression de Faurisson, ce qui n’est pas la même chose que le soutenir : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ». (Je parierais que Marmande ne mentionnait pas Voltaire par hasard dans sa liste, d’une pierre deux coups...)

      En 2004, dans le numéro 102 de la Gazette des mathématiciens, ce n’était pas la liberté d’expression, mais plus banalement le souci d’informer sur la « réalité » des « opinions déplaisantes » qui était invoqué par le comité de rédaction pour défendre le texte de Zeev Schuss paru dans le numéro 101. On se devait de « n’exclure aucun avis », pût-il correspondre à des positions « qui peuvent nous paraître dangereuses, injustes ou absurdes ».

      http://smf.emath.fr/Publications/Gazette/2004/102/smf_gazette_102_125-125.pdf

      http://smf.emath.fr/Publications/Gazette/2004/101/smf_gazette_101_67-73.pdf

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